« Les montagnes ont l’air de nous faire la morale »

« Les montagnes ont l’air de nous faire la morale« . Cette citation de Pierre-Jean Jouve donne bien le ton du livre du regretté Rachid Amirou, L’imaginaire touristique (CNRS- Editions). Un livre solidement composé et architecturé, mais foisonnant, portant à l’incandescence les questions sur le tourisme. Car le tourisme est si bien quand il n’y a pas de touristes…

Amirou tente de qualifier l’espace touristique « par le plaisir, l’euphorie, la nostalgie, la douleur, l’effort, la déception ou l’émerveillement« . Qu’est-ce que le « bon » espace touristique ? Celui qui est haut et qui, pour Jouve, est connoté spirituellement, comme la montagne, une montagne souvent vécue comme le contact entre le ciel et la terre. Le pèlerinage sur la montagne, dit Amirou, est « thérapeutique« . Le pèlerin escalade le sommet, transcende l’espace profane, accède à une région pure, par l’affrontement, l’effort. On retrouve aussi cette idée de nature grandiose où le cosmique est « accablant » pour l’homme sur des sites comme Delphes, Montserrat, Rocamadour, les Météores (photo).

En lisant Bachelard, Amirou pense que celui qui découvre la montagne « apostrophe » le paysage. « L’élévation est un lieu où le vertige et la peur du vide sont conjurés ». Mais Amirou n’est pas dupe : le caractère hautain que le touriste acquiert vis-à-vis de populations dans les pays pauvres percole partout, jusque dans les guides, les récits qu »il fait aux autres de son voyage.

Le livre de Rachid Amirou est inépuisable, peut se lire avant le voyage, pendant ou après. Il répond à toutes les questions les plus questions les plus banales, les plus bancales du touriste. L’espace géographique est un « miroir« ,écrit-il en relisant Alain Corbin (Le territoire du vide…, 1990). ‘ »La nature ramène l’homme sur le droit chemin » pense notre époque contemporaine qui veut améliorer le sort des ouvriers en les transportant hors des villes, comme l’agence Thomas Cook l’a fait très tôt.

L’espace est bien là pour une quête de sens. Ce qui lui donne des caractères parfois très « virtuels« , fondés sur l’illusion dans sa version la plus américanisée. Sociologue, Rachid Amirou « inconnu du grand public puisqu’universitaire« , comme l’écrit Houellebecq dans la préface, s’écarte du gauchisme et de « bondieuseries écologisardes« . Ce livre qu’Amirou écrit en luttant contre son cancer est le travail de toute une vie qui nous est offerte, là, pour que les montagnes ne nous fassent plus la morale.

R. Amirou, L’imaginaire touristique, CNRS-Editions, 2012

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