Battons le pavé : les manifs, leurs trajets symboliques


La manif du 15 décembre 2012 – source Google

Battre le pavé dans les villes est un exercice physique de géographie qui ne laisse pas indifférent ceux qui protestent. Tout comme les habitants au spectacle des défilés sous leurs fenêtres et, bien sûr, les organisateurs et les préfectures de police pour le bon déroulement des manifestations.

Comment se décide une manifestation ? Olivier Filleule et Danièle Tartakowsky aiment à rappeler que les origines (très) lointaines sont à rechercher dans les marches d’exode que la Bible a mise en récit dans le livre éponyme. Nos défilés actuels prennent aussi racine dans la colère comme celle qui s’exprima en octobre 1789 contre le roi Louis XVI, de Versailles à Paris. Ils remontent à la fin du 19e siècle lorsque les villes ont pu offrir des « percées » aux cortèges qui marchent « vers quelque chose, vers un avenir meilleur ».

Pour les géographes, on marche surtout d’un point A vers un point B d’une ville sur un parcours qui se veut aussi symbolique que possible. A Paris, les symboles s’appellent souvent « Nation », « République », « Bastille », « Concorde ». La préfecture de police privilégie les grands boulevards haussmanniens qui permettent des expressions théâtrales de la protestation : chants, slogans, banderoles et pancartes espérant entrer dans la légende d’un reportage journalistique. Cette action vise à construire une image du groupe « pour soi même et pour autruit » selon Danielle Tartakowsky. La soustraction des espaces publics à la circulation automobile n’est que très rarement posée comme une question.

Puisque tout est fait pour mobiliser le plus de monde possible, le jour et la date comptent, l’heure aussi, entre le matin pour les ouvriers qui partent depuis leur usine, l’après-midi pour les professions qui visent un rassemblement devant un lieu symbolique comme la préfecture, en milieu rural.

Communiquer par les chiffres ou de nouvelles actions

A Montréal, 4 mai 2012. Source: http://www.lametropole.com

La manifestation doit frapper les esprits. Par un nombre de manifestants qui est toujours interprété différemment par les organisateurs et les opposants. Quel rapport faut-il avoir à un nombre ? Comment le lire dans la profondeur de l’événement : augmentation par rapport aux précédentes manifestations ? Opinion favorable ou non ? La manifestation est-elle le point de départ d’un conflit ? Un aboutissement ? Quels ont été les impacts des cortèges de ce type dans le passé ? Mais il n’y a pas que les chiffres. Souvent, le cortège provoque un rassemblement ou démarre d’un rassemblement marqué par un discours destiné à porter un message.

Lorsque la géographie ne suffit pas, l’action s’inscrit dans le paysage par des manifestations nues, des sit in comme ceux, célèbres, d’Act-Up inspirés des luttes contre la guerre du Viêtnam aux États-Unis, la ronde des obstinés à laquelle participaient des géographes de Paris-VIII-Saint-Denis.

Qu’elle soit celle « obstinée’ sur un point symbolique ou ambulatoire dans les rues d’une ville, la géographie rappelle qu’il n’y a pas mieux que l’espace public pour se faire entendre. C’est le dernier cri avant de baisser les armes.

 

 


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