Les violences faites aux femmes, une géographie invisible ?

Les violences faites aux femmes ont durement occupé le devant de la scène ces derniers jours avec le décès de l’Indienne Soni Sori, littéralement martyrisée par tout un groupe d’hommes puis laissée pour morte et finalement décédée de la suite de ses blessures. Certaines ONG, comme Avaaz.org, relaient l’information pour faire pression sur le gouvernement indien. Mais qu’en est-il au niveau mondial? Les violences faites aux femmes sont un sujet récurrent, mais en même temps trop banalisé. Bénédict Tratnjek a publié quelques cartes sur une « géographie des femmes » tirée d’une exposition en ligne proposée par le remarquable site de l‘International Museum of Women.

Nous publions ici celle sur les violences qui leur sont faites :

La carte, en grand format, est disponible ici. Elle se base sur les appels faits aux hotlines ouvertes pour écouter les femmes maltraitées, et les statistiques sur les viols, accablants. On voit bien que les viols ne sont pas liés à la richesse ou à la pauvreté car dans ce classement sinistre, on trouve tout en haut le Japon (59%) mais aussi le Pakistan (60%), la Papouasie (67%) et la Belgique, avec 68%… Sans compter les femmes qui ne témoignent jamais, par honte ou par peur. Et sans oublier les manques dans la collecte des données, qui varient énormément de pays à pays. Sinon comment expliquer de si grandes différences dans les statistiques? Mais dans tous les cas, la gent masculine ne sort pas grandie de ce classement.

Il serait intéressant d’imaginer une carte figurant les législations sur le viol par pays, liée aux peines effectivement prononcées, ou encore au ratio entre viols commis et viols jugés. On tomberait certainement de haut…

Le viol est une affaire suffisamment sordide pour ne pas souffrir d’être pris à la légère. Et que l’on ne nous parle pas de progressisme en la matière: dans la culture hittite, en Asie Mineure, il y a plus de 3000 ans, le viol était purement et simplement puni de mort! Apparemment, on ne plaisantait pas avec l’intégrité physique des femmes. Le viol était alors considéré comme une impureté majeure.

Cela pourrait faire réfléchir sur le « développement » des sociétés actuelles: n’assiste-t-on pas à une lutte d’influence, une « lutte des places » comme l’écrivaient Vincent de Gaulejac et Taboada Lénoetti dans le livre du même titre en 1994? Notre époque ne serait-elle pas finalement une période de régression pour les femmes, en dépit des nombreuses luttes en cours à ce propos? Cependant, comme la carte le fait remarquer, certaines femmes en arrivent à accepter ces violences comme « normales », ce qui est un comble.

La route est longue vers le respect et la justice, et sa géographie est encore invisible.

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