« Hiver nomade » de Manuel von Stürler, sheep movie suisse

Les Suisses ne font rien comme les autres Européens. Ils aiment le chocolat, chérissent par-dessus tout leurs montagnes, leurs banques attirent les capitaux et sont surveillées par la justice internationale. Et quand ils font des films, ils s’intéressent aux migrants (Vol spécial de F. Melgar), aux vieilles dames dans les Alpes (Die Herbszeitslosen de B. Oberli), aux alpinistes (Nordwand de P. Stölzl). A Locarno (août 2012), en plein cagnard, les festivaliers durent suivre un troupeau de huit cents moutons en pleine transhumance. Une transhumance hivernale avec neige et sapins…
Hiver nomade arrive en France, multirécompensé, alors que son argument tient à trois fois rien qui ne casserait la patte à un mouton. Pascale et Carole vont, donc, traverser sous leur capuchon le canton de Vaud avec trois ânes, des chiens et une  longue caravane d’ovins. Reliant les pâtures, les villages et les bois par des chemins vicinaux, des routes goudronnées, des sentiers improbables que la neige va, au mitan du film, encapuchonner de sa ouate.
La cohabitation entre ce monde rustique de la transhumance, vieillerie nomade au pays des sédentaires, et les pavillons astiqués des banlieues suisses (Disneyland, se moque la bergère) n’est pas donnée. Méfiance, dédain, regards en biais : on n’est pas loin des insultes. Les automobilistes doivent patienter, les villageois accepter d’être réveillés par les clochettes, les paysans de voir fouler leur champ par les bêtes. Les paysages et les visages des bergers, c’est juste bon en plâtre dans la crèche de Noël ou en poster dans la salle d’attente d’un cabinet dentaire.
Le film dépasse ces menus tracas pour une rencontre entre Pascal, 54 ans, qui a appris le job dans les Alpes bergamasques il y a trente ans et Carole, 28 ans, Bretonne d’origine, la seule et unique bergère en Europe, qui embrasse ce genre de vie pour s’émerveiller de rien : du feu de nuit devant un matelas sommaire mais confortable, du pain partagé debout, du spectacle des moutons et des brebis grattant la glace pour atteindre l’herbe à manger. Pourquoi transhumer à cette saison ? Le film ne triche pas : pour alimenter les boucheries de Noël et du Nouvel An et leurs tendres gigots.
L’homme et l’animal, un couple vieux comme le néolithique qui s’embarque pour une odyssée improbable au temps des voitures, des trains et des téléphones mobiles. Il y a sans doute un peu de nostalgie dans cette symphonie pastorale qui n’est ni triste ni longue, mais drôle, envoûtante. Et laisse, comme le Grand Silence de P. Grönig, un sentiment de paix et de vastes questions.
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  1. documentaire merveilleux,la vie dans sa simple réalité hors des lotissement (pas si loin des lotissement) Mikey .
    Merci à vous tous Manuel Pascal Carole .
    Sagesse , regard profond que de valeurs .

    Publié le 14 février 2015 à 15:02
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