« A l’autre bout du monde »

« A l’autre bout du monde. » Telle est la géographie dont on assurait qu’elle était le cadet des soucis du conclave, qui n’aurait pas dû compter dans la dernière élection papale et qui, finalement, a été mise en avant par l’élu lui-même lorsqu’il s’est présenté aux Romains massés sur la place Saint-Pierre, le 13 mars 2013.  L’élu, Jorge Mario Bergoglio est donc un Argentin dont les parents sont nés dans le Piémont italien, à Portacomaro, village qu’ils ont quitté en 1929.

L’Eglise en tant qu’institution deux fois millénaire tient là un secret de sa longévité. Comme dans le passé, elle a fait évoluer sa gouvernance. Du système paroissial territorial des premiers siècles aux réseaux des monastères du Moyen Age, elle est passée aux universités pluralistes et à la tristement célèbre Inquisition comme système de pouvoir unifié. P.-Y. Gomez voit la consolidation du pouvoir vaticanesque au XIXe siècle comme une réponse aux missions africaines et asiatiques, « en combinant la centralisation et la décentralisation, le global et le local. »

« Les cardinaux sont venus me chercher à l’autre bout du monde »

Le pouvoir politique a semblé avoir pris le dessus pour unifier les centaines de milliers d’unités d’églises locales éparpillées de par le monde. S’est constitué un gouvernement dont le modèle a été l’Empire romain avec une administration hiérarchisée et centralisée afin d’encadrer l’expansion de la communauté catholique : 40% de plus en quarante ans ! Et un basculement du centre de gravité démographique vers le Sud dont il faut tenir la croissance pour ne pas qu’elle menace l’édifice. P.-Y. Gomez évalue le budget du Saint-Siège à 3% de celui d’une ville comme Paris et cinq fois moins de personnes dans les services. François, le nouvel élu, doit régler ces questions posées par une géographie très ubiquiste.

Le choix d’un nom qui évoque une attention à des valeurs peu communes comme la pauvreté est sans doute une des clés des prochaines réponses de François. Les condamnations du capitalisme par l’Eglise ont été assez violentes (Sollicitudo rei socialis, 1987, Caritas in veritate, 2009) pour ne pas être reniées. L’occasion d’oublier les discours anti-modernistes sur les moeurs qui envahissent l’espace médiatique dans les vieux pays de chrétienté.

Elefanto Blanco, un film argentin tourné dans le "bidonville de la Vierge" de Buenos AiresDe « l’autre bout du monde » est sans doute arrivé à Rome une nouvelle manière, pour le successeur de Pierre, de mener la barque. Deux mille ans après sa fondation, l’Eglise romaine lâche un peu la bride à un lointain évêque, familier des bidonvilles, et qui va devoir se soumettre à la pompe qu’aimait tant son prédécesseur allemand. De « l’autre bout du monde », un nouveau monde catholique est en gestation.

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(Photo ci-dessus : le film Elefanto Blanco, du réalisateur argentin Pablo Trapero tourné dans le « bidonville de la Vierge » de Buenos Aires, 2012, en salle, par hasard au moment de l’élection du pape)

Pour en savoir plus sur la conception mondialisée du monde par les Jésuites, ici

L’article de P.-Y. Gomez : L’Eglise, ou la longévité par la gouvernance (Le Monde, 26 mars 2013)
Sur notre blog :
Benoit XVI rend les clés du Vatican aux catholiques
Match intercontinental à la chapelle Sixtine

 

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