Marseille, pousse pas Mémère sur la Canebière

Tous les Français aiment Marseille et sont orphelins de Pagnol, Defferre et Cantona, l’ex-king de Manchester. Marseille nous passe le savon tous les matins. Nargue la France entière avec le soleil, le pastis et la bouillabaisse. Sa classe politique fait chanter ses casseroles qui s’entendent jusque chez les C’htis. Fondation grecque, médiocre ville romaine, peu attachée à la France des rois et qui prête son nom à notre hymne national aux mots vengeurs, Marseille se lance dans l’aventure coloniale avec l’Algérie. Elle y trouve fortune et couscous. Cent cinquante ans plus tard, dans l’été 1962, il faut rentrer au pays, les pieds noirs. Ses ports, les dockers y mènent des grèves dures qui font de Marseille un bastion de la lutte sociale.

La voici à roucouler dans les médias depuis quelques mois qu’elle est devenue capitale européenne de la culture. Quels charmes vend-elle ? Du pastis et de la tapenade, des sardines et du saint-pierre ? Non, un nouveau centre culturel baptisé, modestement, « Euroméditerranée ». Pour qui ne connaît rien de l’histoire de Marseille, cela peut ressembler à une prophétie auto-réalisatrice. Marseille, mal aimée des Français mais premier port de la Méditerrannée, veut être dans la cour des grands.

Elle met des habits mystérieux. Alors qu’elle a du soleil et la mer à vendre, elle se fait photographier la nuit. Elle plante son nouveau musée sur le littoral comme Bilbao le lui a recommandé. Ca ressemble furieusement à un technopôle californien sur l’eau. Au loin, les montagnes où le soleil se lève (ou se couche ?). Presqu’invisible sur son piton de calcaire urgonien, dans l’imaginaire des autochtones, Notre-Dame de la Garde prend la place des Phocéens d’Asie mineure (venus de de Foça, proche d’Izmir).

Marseille s’est donc maquillée depuis 1995 avec Euroméditerranée. Chez le cosméticien politique, on interroge Boris Grésillon qui répond dans un petit livre tonique :  Un enjeu « capitale » Marseille-Provence 2013.  Grésillon démonte les divisions apparues depuis la désignation de Marseille-Provence en 2008 comme capitale européenne de la culture. Il explique ce qui se trame sous les festivals et les expositions. D’un côté,  Arles et ses arènes, ses Rencontres internationales de la photo, ses musées et ses festivals, ses ferias et Christian Lacroix en ambassadeur ; de l’autre, le pays d’Aix et son festival d’art lyrique mondialement connu (« des Parisiens », raille Jacques Pfister, le président de la Chambre de commerce et d’industrie), son Pavillon noir d’Angelin Prejlocaj, son Grand théâtre, le musée Granet ; et plus loin encore, Toulon qui boude dans sa rade. Un paysage culturel heurté comme les calanques qui ne résiste pas toujours aux espoirs mis par l’équipe de Bernard Lartajet. Et qui inquiète pour Marseille n’ayant « aucune expérience de l’organisation d’événements culturels d’une dimension régionale ». Avant votre pastis médiatique, un thriller géographique passionnant.

 

Pour en savoir plus :
B. Grésillon, Un enjeu « capitale » Marseille-Provence 2013 (Ed. de l’Aube).
Un site très riche de ressources : Euroméditerranée

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