Quand le temps, c’est de l’espace…

Entre les 18 et 20 octobre 1974, Georges Pérec s’ installe à la terrasse du Café de la Mairie, place saint Sulpice, à différentes heures et note tout ce qu’il observe sur place, attendant l’instant où il n’y aurait plus rien à dire. Cela donne Tentative d’épuisement d’un lieu parisien. On pourrait aussi évoquer son Espèces d’espaces, lumineux petit livre qui explore la notion d’échelle en partant de la page écrite pour arriver à l’espace interstellaire.

Dans cette lignée, et entre littérature et cinéma, voici que la vidéo s’empare du temps qui passe et permet ainsi de mesurer à quel rythme changent nos paysages. Les films de Samuel Orr donnent à voir des fragments de vie en un « laps de temps » variable: une journée pour New York un an pour une forêt de Nouvelle Angleterre. Cela passe sous nos yeux comme ces flipbooks, de petits livres qui font comme des dessins animés.
Dans les deux cas, on découvre les rythmes de vie des humains d’un côté, de la forêt de l’autre, avec le jeu des saisons et celui du rythme diurne et nocturne.

Si notre accaparement par l’instantané nous aveugle souvent, ces deux films font ressortir l’idée de cycle, cycle de la journée, cycle de la nature. On insiste à l’envi sur la flèche irréversible du temps, mais ce serait oublier, à notre échelle propre, cette idée de cycle qui structure notre vie. En ce sens, l’espace et le temps sont interchangeables, s’ils ne sont pas équivalents. En ce monde en tout cas, ce sont nos deux repères majeurs.

Ces deux petits films font aussi ressortir, au-delà de l’agitation humaine, une certains logique et un certain ordre: ordre humain d’un côté, ordre naturel de l’autre.

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