La mondialisation honteuse

N’en déplaise à ceux qui pensent qu’une mondialisation peut être heureuse, à l’exception de quelques membres de la jet set ou de quelques dissimulateurs de fortunes bien ou mal acquises dans des cieux fiscaux cléments, la mondialisation produite par la loi de la jungle financière nous renvoie des images qui ne seront, dans quelques décennies ou plus encore, pas moins honteuses que l’esclavage des populations africaines aux temps modernes. Lorsque le Rana Plaza s’effondre le 24 avril 2013, à Savar, dans la banlieue de Dacca (Bengladesh), c’est la honte qui s’abat sur l’industrie textile occidentale. Dont nous sommes complices.

Les Bengalis ont beau manifester par dizaines de milliers dans les rues pour réclamer de meilleures conditions de travail. Ils écopent d’une répression policière. Dans cette même ville, un accident identique avait déjà coûté la vie à 73 personnes en 2005. Entre 2009 et 2012, ce sont plus de 700 personnes qui sont mortes au travail dans des usines textiles, selon le Bengladesh Institute of Labour Studies.

Pourtant, les choses sont compliquées. Le textile est souvent le secteur par lequel un pays entre dans l’industrie, comme cela s’est passé en Europe au XVIIIe siècle. Ce fut le cas pour le Bengladesh en 1980 grâce à un haut-fonctionnaire coréen de Daewoo, Noorul Quader. Malgré les quotas américains contre le textile issu de ce pays, le Bengladesh est vite devenu le second exportateur mondial de textile, derrière la Chine et devant l’Inde. La société patriarcale locale employant des mères célibataires, des veuves, des femmes répudiées et, évidemment, beaucoup d’enfants. En 2013, ce sont 4 millions de personnes qui travaillent dans les chaînes de ce pays de 150 millions d’habitants.

« Le prix de l’esclavage » dénoncé par le pape, c’est un salaire de 38 dollars par mois. Les acheteurs que nous sommes ont du mal à savoir quelles firmes sont compromises : Zara, C&A, H&M et Carrefour (mais bien d’autres peu bavardes qui ne reconnaissent pas l’exploitation qu’ils mènent). Boycotter n’est pas la solution pour ce pays qui possède là une des chances de décoller économiquement.

Il n’empêche. Les pays riches doivent dépenser beaucoup d’énergie pour limiter les ravages de cette mondialisation honteuse.

En une: Le Rana Plaza, un drame qui coûte la vie à 1100 personnes

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Pour en savoir plus :
Alternatives éconmoiques, n° 325, juin 2013

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