Haïti, comme un otage de l’humanitaire

Une rue d'Haïti dévastée par le séisme

Une rue d’Haïti dévastée par le séisme

C’est le cinéaste Raoul Peck qui a mis le doigt où ça fait mal. Après les tombereaux de larmes jetées par le monde entier sur les 230 000 morts et le million et demi de sans-abris du séisme de 2010, il s’indigne dans le film Assistance mortelle, s’alarmant de la gabegie des dons faits à Haïti pour survivre à la catastrophe et se reconstruire.

Les pays riches pensaient que l’occasion du séisme était de « reconstruire », voir de « refonder » le pays avec les milliards de dollars promis par les bailleurs de fonds. Très vite, la bulle se dégonfle. Peck nous donne à voir les projets coûteux, farfelus, infaisables et, pire, dans la marginalisation totale des Haïtiens.

Le cinéaste haïtien Raoul Peck

Un exemple : pourquoi les ONG veulent-elles construire alors que l’urgence est de déblayer ? Pourquoi la Commission intérimaire pour la reconstruction de Haïti (CIRH) ne parvient-elle pas à faire taire les rivalités institutionnelles et idéologiques, voire géopolitiques, se demande Isabelle Hanne (Libération, 16 avril 2013) ? Pourtant, le CIRH est co-présidé par Bill Clinton et Jean-Max Bellerive, le premier ministre haïtien de l’époque. Raoul Peck n’y va pas par quatre chemins en dénonçant « la futilité des apprentis sorciers internationaux« .

Pourtant, tout est urgent. L’économie est toujours en panne. Les camps de la première heure restent toujours là, dans une espèce d’anarchie. Le pays s’installe dans la dépendance. « La catastrophe n’est pas nécessairement le séisme, mais l’incapacité à y répondre« , s’insurge Peck qui n’a pas lésiné pour comprendre comment tout s’enlise dans les réunions, les commémorations, le clinquant et l’inutile. Les humanitaires craquent,  les donneurs d’ordre sont loin, trop loin. René Préval, l’ancien président, parle de « dictature de l’aide. »

L’une des voix du films : « Je ne peux toujours pas expliquer pourquoi, malgré les milliards de dollars déversés sur cette petite île caribéenne, la vie reste toujours ce fardeau insoutenable » se demande l’actrice Céline Sallette. On voit dans le film Bill Clinton exerçant une énorme pression lors de ses déplacements dans l’île. Où l’on doit présenter des résultats en affirmant que tout s’améliore.

Film littéraire et politique pour Isabelle Hanne, Assistance mortelle est une forte charge contre l’ingérence humanitaire. Un film brutal contre les bons sentiments. Il est temps de repenser l’aide au développement, conclut la journaliste.

1 067 vues

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :