Le périurbain, chance ou malédiction?

Selon un récent article de Julien Damon des Échos citant le site américain New Geography, l’avenir urbain des États-Unis reste périurbain. Comme le dit l’article « […] 90 % des personnes interrogées estiment, aux Etats-Unis, qu’être propriétaire de sa maison est l’une des composantes du rêve américain. Ce sont les espaces peu denses, éloignés des centres-ville, qui aujourd’hui se développent le plus. À l’avenir, outre-Atlantique, c’est là que devraient, en majorité, venir loger les quelque 100 millions d’Américains supplémentaires (démographie aidant) attendus d’ici à 2050. Il n’y a pas péril environnemental, car la technologie (en particulier le développement puissant du télétravail) va permettre de diminuer les impacts de l’éloignement. Surtout, il y a une promesse de cohésion sociale car c’est – selon les auteurs de Newgeography – dans les territoires à faible densité que les liens sociaux sont les plus intenses. »

Certes, le télétravail permet de limiter les déplacements, mais comme Augustin Berque l’a expliqué dans plusieurs de ses ouvrages, et surtout comme on peut le lire dans l’ouvrage collectif  La Ville insoutenable, publié chez Belin en 2006, c’est le modèle même de la « ville » de banlieue qui pose problème. En fait, les coûts environnementaux induits restent disproportionnés par rapports aux bénéfices retirés.

L’étalement urbain et ses faibles densités se base aussi sur une nature largement fantasmée et finalement détruite par une urbanisation qui n’a en fait rien d’urbain. Ce paradoxe a été soulevé par Françoise Choay il y a des décennies mais la logique de construction de ces banlieues mi-rurales, mi-urbaines l’emporte toujours.

Finalement, ce « rêve américain » se construit plutôt contre la ville, et il faudrait s’entendre sur ce que l’on entend par liens sociaux. L’entre-soi aux États-Unis crée des espaces socialement homogènes où l’on peut entretenir des liens de voisinage cordiaux mais très convenus. On reste très loin de la convivialité telle que prescrite par Ivan Illich.

Cynthia Gorrha-Gobin a exploré les divers aspects de ce « rêve » qui trouve son contraire dans Gotham City et des films comme The Village, parfaitement incarnation des peurs et des angoisses américaines face à l’urbain.

Il existe bien des manières d’être urbain, c’est certain, mais l’urbanité étatsunienne, une fois mondialisé, ne crée que des pastiches de pastiches, où le centre commercial fait office de lieu de culture et où les modes de vie, standardisés à l’extrême, ne produisent que des images faussées de la ville comme de la nature. Cela correspond à une forme de déculturation, un éloignement des réalités terrestres tel que décrit, voici plus de quarante ans, par Guy Debord, à qui la Bibliothèque Nationale rend hommage en ce moment.

Quant au site New Geography, il reste dans la lignée de la culture américaine très méfiante vis à vis de la ville. A ce titre, la culture urbaine européenne est très différente. Il reste encore à explorer bien des aspects de ces différences, sans rester fasciné par les « modèles » élaborés aux USA.

 

Ci-dessus: une banlieue à Denver, USA

 

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