Merde à Barbizon, vive le Midi

Barbizon (ici, Vernon) qui barbait Maillol

Les peintres qui larguent les amarres sont de toute époque. A la Renaissance, Michel Ange a envoyé promener beaucoup de monde pour s’imposer. Poussin n’a pas été aussi académique qu’on veut le classer. Plus près de nous, Turner, Delacroix, Courbet ont tous rué sur les palettes. Et voici qu’en l’espace de trois expositions (« De Courbet à Cézanne » à Ornans , « De Van Gogh à Bonnard » au Palais Longchamp à Marseille et « De Cézanne à Matisse » au musée Granet d’Aix-en-Provence), on peut mesurer les ruptures dans la perception d’un espace aussi banalisé aujourd’hui que le « paysage ». On aime le coup de sang de Maillol  (« Merde à Barbizon…. ») qui apprécie tant Cézanne qu’il éructe contre Barbizon et ses impressionnistes. Qu’en a-t-il été des continuités des uns vers les autres ?

Car on ne sait pas si Cézanne a rencontré Courbet de visu, mais sur ses toiles, il est très certain que le peintre d’Aix a eu le coup de foudre pour celui d’Ornans.  En 1905, commentant son tableau Les Grandes Baigneuses, Cézanne admet : « J’ose à peine l’avouer, j’y travaille depuis 1894, je voulais peindre comme Courbet, en pleine pâte. » Pourtant, il n’y avait rien de commun entre la Provence et le Doubs, entre un Cézanne très sensuel et un Courbet très rugueux. 50 toiles font le pari de raconter à Ornans ce qui aurait pu être un dialogue entre les deux peintres.

Tous deux rejettent l’académisme pour la « vérité », Courbet veut une peinture

« vraie » et Cézanne pas moins : « Je vous dois la vérité en peinture et je vous la dirai ». Tous les deux la cherchent dans leurs régions natales : la vallée de la Loue pour Courbet, le pays d’Aix pour Cézanne qui tient à faire savoir que « l’artiste n’a pas le droit de toucher au risque de le dénaturer ». A Ornans, on a pu voir l’imposant Cèdre d’Hauteville, précieux prêt du Museum of Fine Arts de Budapest au côté des Peupliers de Cézanne (Orsay) ou encore des paysages de neige, chers aux deux artistes : Paysage d’hiver de Courbet (Musée de Wuppertal), Neige fondante à Fontainebleau de Cézanne (MoMA New York).

A Aix et Marseille, ce sont 200 chefs d’oeuvre entre 1880 et 1950-60 qui explorent le Midi, au sens large, de l’Espagne à l’Italie en passant par le Maghreb. Le cri de Maillol fait écho à ce mot fameux de Cézanne : « Quand la couleur est à sa richesse, la forme est à sa plénitude ». En tout cas, le Midi a réinventé la couleur dans une forme nouvelle réalisant la quête d’une « harmonie parallèle à la nature».

En invitant Matisse, Monet, Picasso, Renoir, Dali, Bonnard, Braque, Signac, Soutine et tant d’autres à ce dialogue entre les deux géants que furent Van Gogh et Cézanne, on donnera le mot de la fin au peintre belge qui avait dit Merde aux corons du Nord : « Je crois donc qu’encore après tout l’art nouveau est dans le Midi ».

Au retour des vacances, Van Gogh aime nous provoquer.

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Musée Granet – Aix-en-Provence
Musée des beaux-arts de Marseille – Palais Longchamp
Musée Courbet – Ornans

 

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