Yves Rocher, un grand prédateur de plantes

Yves Rocher au Brésil

La planète va-t-elle manquer d’argousier ? Cette question est sérieuse si on connaît la recherche que mène le groupe Yves Rocher pour vendre les extraits de cette plante du Tibet mêlée à six autres végétaux dans sa gamme Elixir 7.9. Un produit pour contrer les rayons solaires dans les pays du Sud comme en Europe.

Dans une passionnante enquête (1), Benoît Simmat a retracé l’histoire de cette multinationale bretonne fondée en 1959 à La Gacilly (Morbihan) et qui prospecte le monde entier à la recherche de plantes offrant des molécules, telle l’inositol (une vitamine oxygénante extraite d’un riz japonais) qu’elle trouve aussi bien au Pérou qu’au Mexique. Yves Rocher vend de la bio-cosmétique en fouillant toute la planète, bâtit un réseau (400«jardins partenaires») dans dix-huit pays. Comment ? En se renseignant avec les habitants sur les plantes qui soignent, avant de passer à l’action industrielle. Côté firme bretonne, on ne parle pas de « pillage » mais qu’en est-il ?

Yves Rocher assure monter des « filières locales » pour sécuriser ses approvisionnements et garantir des revenus aux paysans. Mais que l’arbre ou la plante n’existent qu’à l’état naturel, alors Yves Rocher demande « une exclusivité sur la matière première, au détriment de la concurrence » rapporte B. Simmat. Ces méthodes ont cours depuis la fin des années 1990, et poussent Yves Rocher à investir dans la recherche en prenant bien soin de se distinguer des « chimistes » que sont les concurrents : on est bien dans le secteur des biotechs « vertes » ! On aura une idée de la guerre dans le secteur en imaginant Clarins 100% plantes, Weleda et L’Occitane, nouveaux venus également sur cette planète bio qui tentent de grignoter le Rocher breton.

Yves Rocher est une marque appréciée des Français depuis très longtemps, parce que le groupe familial a gardé une sensibilité qui s’accorde bien avec celles d’une clientèle pas forcément très jeune, rurale autant qu’urbaine et revendiquant une attention à la « nature ». Dans l’ADN de l’entreprise, on trouve une attention à des plantes bretonnes (comme la ficaire contre les hémorroïdes.), une méfiance vis-à-vis de la pharmacopée chimique et une pratique intensive de la vente par correspondance, expliquant que le village de La Gacilly, 2 222 habitants, reste l’épicentre géographique du groupe.

La Gacilly, à 60 km au sud de Rennes. Le jardin botanique

Comme Vonnas dans l’Ain, La Gacilly se visite comme une propriété personnelle d’Yves Rocher, où flottent des dizaines de drapeaux. Le premier employeur régional (2 500 postes) invente des éco-hôtels (labellisés), nourrit bio dans une région intoxiquée par l’agro-industrie, aime le chauffage solaire, « retraite ses eaux usées dans des roseaux, possède sa rivière artificielle «énergisée» par un sourcier, et sert de pilote pour tout le groupe » (1). Cinquante cinq hectares de plantation alentour sur lesquels « les sept espèces cultivées (bleuet, calendula, arnica, capucine, mauve, romaine, matricaire) ont été «vendangées» pour être extraites et entrer en production avec celles venues du monde entier« (id).

_____________
Pour en savoir plus :
B. Simmat, Yves Rocher fondu d’or vert, Libération, 15/9/2013
1 771 vues

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :