La culture kanake au musée du quai Branly: la maison

Le musée du Quai Branly ouvre ses portes le 15 octobre prochain à une exposition consacrée à la culture des Kanaks de Nouvelle-Calédonie. Culture peu connue, sinon, comme toujours, à travers le prisme de la colonisation et de son lot de simplifications et de mépris.

Par-delà ces mauvais clichés, nous retrouvons une culture sophistiquée et marquée par un fort symbolisme de la construction. L’objet de la semaine est une faîtière de toit.

Tout comme on peut en trouver en Europe et en France, les faîtières représentent plus qu’une simple décoration. Et, du reste, ce que la culture actuelle, issue de l’histoire de l’art du XIXe siècle, nomme « décoratif » est souvent, en fait, du domaine du symbolique.

Nos maisons ont perdu, en général, leur portée symbolique, mais si l’on songe aux coqs qui surmontent les flèches des églises, on pourra aisément comprendre que ce qui surmonte et achève une toiture va bien au-delà de la protection des intempéries.

Les rapports entre la maison et le temple s’inscrivent dans la très longue durée, et ce n’est que peu à peu que l’un s’est distingué de l’autre. En effet, la maison récapitule dans bien des cultures la cosmogonie locale, et le fait d’y vivre actualise quotidiennement les symboles qui constituent cet espace familier. Autrement dit, la maison kanak rappelle à tous ses usagers ce qu’elle signifie de manière muette: il suffit d’y être, d’y passer pour tout de suite

mettre en mouvement les principaux symboles directeurs du lieu. En ce cas, les symboles sont aussi « utilitaires »: ils participent à la structure matérielle du lieu et à son fonctionnement.

Maison kanak traditionnelle. Source Wikipedia

La flèche faîtière se rattache au symbolisme axial, c’est à dire au « pivot du monde » qui donne origine et organise le cosmos. Tout comme les constructions en hauteur en général, elle rappelle aussi la verticalité, cette direction si oubliée de nos jours malgré tous nos gratte-ciel mais qui renvoie à un au-delà de l’être que chacun peut constater par l’entremise de cet élément architectural. On y retrouve la figure du « frère aîné », c’est à dire du chef du clan, intermédiaire entre terre et ciel, d’où sa position. Pour les « peuples de la mer » ce qui semble le cas ici, les coquillages représentent la spécificité du clan.

Ce symbolisme est renforcé par la présence de ces coquillages spiralés qui, de plus en plus petits au fur et à mesure que l’on remonte, s’affinent en se rapprochant du ciel. Cela engendre une structure tournoyante très suggestive d’une véritable remontée, et aussi de réceptacles pour les influences célestes.

La maison kanak est collective, elle sert à affirmer les différents pouvoirs tout comme à permettre de communiquer sur tous les sujets importants. Sa forme ronde n’affirme aucune hiérarchie trop forte. Elle reste un espace où le politique et le symbolique se mêlent étroitement.

Flèche faîtière. La Foa. Collectée en 1911 par Fritz Sarasin, anthropologue, à Koindé (La Foa). XIXe siècle. Bois de houp (Montrouziera sp.), coquillages (Charonia tritonis), 220 × 36 × 17 cm © Museum der Kulturen, Bâle

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