La Syrie, miroir de nos contradictions

Comme le soulignait l’éditorial du Temps du 3 septembre, la Syrie révèle les faiblesses, les manquements et les errances des prétendues « grandes puissances » plus que leur volonté ou leur courage.

Bien malin celui qui pourrait décrire de manière satisfaisante la réalité de la situation sur le terrain. Mais il est vrai que le problème de l’usage des armes chimiques renvoie à celui du nucléaire et de toutes les inventions de mort et de destruction mises au point avec ferveur tout au long du XXe siècle. Et que l’on ne parle pas d’angélisme: ces formes de guerre ne sont pas une fatalité, mais tous les traités du monde ne parviendront jamais à interdire le cynisme.

Autrement dit, si un quelconque chef, d’armée ou d’État, peut importe, veut éliminer au mieux une population, il dispose d’un formidable arsenal. Comme je l’évoquai dans un autre article, la métaphore d’Iron Man reste valable: ce sont les armes imaginées et fabriquées par les pays riches ou « avancés » qui inondent les pays en guerre et leur fournissent les techniques nécessaires. Mais il est vrai que l’arme chimique est idéale pour les pays pauvres, car elle est bon marché et facile à fabriquer.

A présent, on sait ce qu’il en est des « preuves manifestes » sur la présence d’armes interdites: un des plus gros mensonges de ce début de XXIe siècle reste bien celui à propos des « armes de destruction massives » censées se trouver en Irak, prétexte brandi par l’administration Bush de l’époque pour déclencher a guerre, et qui n’ont jamais été découvertes. Et pour cause! Pourtant, Tony Blair scandait cette fausse certitude comme un slogan et Colin Powell montrait des images satellites pour « prouver » la présence de ces armes. Alors que penser de la Syrie?

Comme la guerre d’Espagne par le passé, ou encore la guerre en ex-Yougoslavie, c’est bien plus la lâcheté que le courage qui s’est exprimé. Pourquoi aider des civils après tout? A quoi bon s’immiscer dans des affaires intérieures qui de toute façon restent « protégées » par la Chine et la Russie qui ne souhaitent pas que l’on mette son nez dans leurs affaires intérieures?

Mais comme le Mali révèle le problème de frontières héritées d’une époque où les populations africaines comptaient pour rien, la Syrie rappelle que la « communauté internationale » n’existe pas, que c’est une fiction emportée par le flot de l’Histoire, et qu’elle n’existe que par rapport à des intérêts très circonstanciels.

« Punir el Assad », voilà une expression étrange. Comme si un État pouvait punir, et pourquoi, dans quel but? Si ce n’est pas pour arrêter la guerre civile, à quoi cela pourrait-il bien servir? Menace contre menace, voilà à quoi nous en sommes réduits. Et la classe politique française ne brille pas par son excellence sur les dossiers de politique internationale.

La lecture du conflit syrien renvoie aussi à une vision normalisée du monde, dans lequel tous les pays fonctionnent de la même manière, où les concepts européens trouvent leurs équivalents exacts. Cet ethnocentrisme des relations internationales reflète une certaine naïveté, et une volonté de niveler des situations locales extraordinairement différentes de ce que l’on peut connaître ailleurs. Ultime avatar du colonialisme?

Mais il est vrai que l’occidentalisation du monde suit son cours propre, et est en passe de se généraliser. Les élites dirigeantes s’habillent à peu près toutes de la même manière, de Pékin à Stockholm en passant par Abidjan. On voit encore certains dirigeants faire de la résistance, mais cela devient un peu saugrenu (Feu Kadhafi était connu pour ses frasques vestimentaires).

Pour en revenir à la Syrie, mais on peut aussi songer à l’Irak du reste, il est troublant de constater à quel point les conflits les plus destructeurs, les plus meurtriers, ont lieu dans des régions qui représentent pour l’humanité des trésors inestimables. Les destructions à Alep, celles de Bagdad en leur temps, rappellent une forme de barbarie où la mémoire des peuples est écrasée et dilapidée au nom d’intérêt économiques à court terme et de visées impériales aussi grossières qu’immatures.

Ce sont les cyniques qui défendent le cynisme en politique étrangère. Mais c’est toujours injustifiable, quoi qu’on en dise.

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