Labuan, un paradis fiscal en train de naître

Les  paradis fiscaux se portent bien. Il s’en crée encore de nos jours. Ainsi, en face du coffre-fort pétrolier de Brunei, un îlot malais du nom de Labuan se prend pour un Liechtenstein qui offrirait aux riches un territoire au droit de type « alpin ». En gros, du secret bancaire.

Une Autorité de supervision financière (FSA) fait de la retape dans les beaux hôtels alentour du Financial Park (joli nom) auprès des banques, cabinets d’avocats et intermédiaires financiers. Izzam Shah Ariff Shah, directeur adjoint de la FSA, regrette auprès du journaliste du Temps (3 sept.) : «Ce qui manque à Labuan, c’est une notoriété internationale. Mais nous nous efforçons de changer cela». Et se rêve en rivale de Hongkong et Singapour, pendant que les hauts-parleurs de la mosquée appellent à la prière…

Le pari est loin d’être gagné si l’OCDE ne lâche pas la pression qu’elle met à traquer les paradis fiscaux. La Malaisie a voulu attirer les capitaux des pays musulmans pour développer une « finance islamique » :  «Nous avons modifié notre législation et permis, depuis 2010, la création de trusts et de fondations destinés particulièrement aux high net worth individuals [littéralement, les individus ultra-riches]», raconte Normala Mat Som, une avocate trentenaire spécialisée dans cette paperasse derrière laquelle se cache, à travers le monde, les capitaux nomades désireux, pour certains, d’échapper au fisc.

Un paradis fiscal dans sa version «juridiction à palmiers», ce sont des rues de duty free, des plaques aux noms de sociétés étrangers, des annonces coraniques sur les portes, des jolies femmes à foulard élégant et  » au mur, les certificats du barreau de Kuala Lumpur et de Kota Kinabalu, la capitale de l’Etat malaisien voisin de Sabah« . (id.)

La nouveauté ici, ce sont les fondations. Copiées-collées sur le modèle des Anstalten du Liechtenstein, celles-ci permettent aux détenteurs des capitaux de nommer eux-mêmes les administrateurs de leurs fortunes, au lieu de les confier à des avocats comme c’est le cas pour les trusts de droit anglo-saxon. «Notre objectif est d’attirer aussi les Européens. Ceux qui, aujourd’hui, ont leur argent placé au Liechtenstein, en Suisse, au Luxembourg», complète la juriste. Les fondations ont l’avantage de pouvoir être facilement cédées en cas de succession. Le nom et l’adresse de l’ultime bénéficiaire figurent en outre dans un registre notarié séparé, garantie supplémentaire de confidentialité (Le Temps). Ces fondations échappent aux échanges d’informations fiscales. Elles sont ouvertes par des sociétés basées partout ailleurs dans le monde. Pour 2000 dollars, l’affaire est bouclée chez HSBC ou CIMB (première banque malaise).

Un temps inquiétée par l’OCDE, Labuan n’est plus trop le centre des préoccupations des Occidentaux qui connaissent mal la « finance islamique » et qui ont déjà fort à faire chez eux, de Panama aux Seychelles… Mais toutes les grandes banques européennes et américaines sont là : Credit Suisse, UBS, BNP Paribas, JP Morgan, Deutsche Bank… Officiellement pour travailler avec des sociétés pétrolières locales. Mais en réalité, ce qu’on traque à Singapour se niche ici.  Venus de toute la région, ce sont 500 milliards de dollars qui sont entrés à Labuan sur les six premiers mois de 2013.

 

 

 

 

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