Spécial Festival de géographie Saint-Dié : la Chine se jette dans le bain de la finance

A quelques encablures du festival de géographie qui lui consacré, la Chine n’a pas fini de nous surprendre. A Shanghai, dans le quartier de Pudong ouvrent une zone pilote de libre-échange qui se veut un curieux laboratoire économique. Pas seulement des zones franches qui sont déjà là, équipées de ports et aéroports. Pas seulement une fiscalité avantageuse et des infrastructures.

Mais un vrai saut dans le libéralisme, les étrangers pouvant profiter des législations nationales, sans avoir non plus à vérifier que l’activité est autorisée… Le 1er octobre qui est la date anniversaire de la fondation du régime communiste par Mao sera une date à marquer d’un bambou : les denrées et matières premières seront traitées comme en trading libéral. Ce qui, jusque là, ne se faisait qu’à Singapour.

Mieux, le yuan sera convertible pour les transactions financières, les taux d’intérêt fixés par le marché des crédits bancaires. Le renminbi – ou monnaie du peuple – n’est pour l’instant échangeable que dans le commerce. Aucune autorisation pour l’usage du renminbi dans les banques, ce qui maintient le privilège de Hongkong pour l’instant. HSBC et Standard Chartered s’activent déjà pour être dans cette zone de libre échange de Shanghai.

Cet événement est du même type que la création des zones franches comme à Shenzhen, que le père de l’actuel président, Xi Jinping, avait déjà initié. Les résistances sont fortes aujourd’hui et on craint que les flux de capitaux déstabilisent l’équilibre planétaire.  La Chine est sur une lancée qui la met dans quelques années, au centre de l’économie mondiale.

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Pour en savoir plus :

 

Pour en savoir plus, l’interview de Chen Bo, (Vice-directeur du Centre de recherches sur la Zone économique de Shanghai) à Gabriel Grésillon (Les Echos, 29/9/13)

Chen Bo : « Mettre les banques sous pression

Quelles sont les raisons qui incitent les autorités chinoises à porter ce projet de zone de libre-échange ?

La première est interne. Nous redoutons de tomber dans ce que les économistes appellent la trappe des pays à revenu intermédiaire. Nous n’avons plus, désormais, d’avantage comparatif fort en matière de coût du travail. Et au même moment, on ne peut pas dire que la montée en gamme de notre industrie soit accomplie. Il y a peu de sociétés chinoises de classe mondiale dans l’automobile, l’électronique, la machine-outil. Cette zone doit nous permettre de sortir de cette trappe. Sa philosophie est de développer des mécanismes de marché sains afin que les ressources soient allouées de façon plus efficace dans notre économie. Il faut que les entreprises innovantes se développent, quitte à ce que les moins productives périssent. Cela rappelle la libéralisation de 1984, ou l’accession à l’OMC, en 2001, des périodes qui ont poussé l’industrie chinoise à se restructurer et à avancer.

Et au plan externe ?

Le projet de partenariat transpacifique (TPP), par lequel la plupart des pays bordant le Pacifique cherchent à créer une zone de libre-échange à l’horizon 2020, représente pour nous une menace. Nous avons demandé à rejoindre les discussions du TPP mais quoi qu’il arrive, le jour où cette zone de libre-échange se concrétisera, nous devons être prêts au pire. A Shanghai, nous allons donc pouvoir tester la possibilité d’un fonctionnement de l’économie dans lequel le rôle de l’Etat s’estompe, conformément aux règles du TPP. Nous testerons par la même occasion la capacité de survie de nos industries les plus protégées, et de nos entreprises d’Etat, dans un environnement de réelle compétition internationale. Les sociétés étrangères seront traitées exactement comme leurs concurrentes chinoises.

Est-ce l’envolée des dettes dans le système chinois qui vous pousse aussi à mettre l’accent sur les réformes financières ?

Pas vraiment. L’inefficacité de notre secteur financier n’est pas nouvelle. Le réformer répond plutôt à une nécessité industrielle. Le secteur financier est la clef de tout en matière d’allocation des ressources financières. Actuellement, il finance généreusement les groupes publics, et il néglige les sociétés les plus innovantes, dont la solvabilité semble, a priori, moins assurée. Si nous voulons que l’économie chinoise continue de croître, nous avons besoin d’une réforme industrielle. Et pour que celle-ci ait lieu, c’est sur les banques qu’il faut agir. Depuis seize ans, elles nous promettent de se réformer, et rien ne se passe. La zone de Shanghai va les mettre sous pression, et les obliger à mettre réellement en oeuvre les réformes fondamentale

 

Pour Emmanuel Lincot (chaire des Etudes chinoises contemporaines) dans son beau livre « Esquisses de Chine » (Belin), Shanghai était pour les Occidentaux le symbole de la fête. Il va falloir se forcer à sourire dans les bars à vin de la métropole chinoise.

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