Désaméricaniser le monde?

Une dépêche de l’agence d’État Chine Nouvelle, relayée par le Point, déclare: « Au lieu d’honorer avec responsabilité ses devoirs de leader mondial, Washington avec en tête ses propres intérêts a abusé de son statut de superpuissance et accru le chaos dans le monde en transférant à l’étranger les risques [de son système] financier », mais également « en attisant les tensions dans des différends territoriaux et en menant des guerres injustifiées sous le couvert de mensonges ».

Le ton est donné, mais comment leur donner tort? En effet, la superpuissance des États Unis est de fait, et non de droit, depuis bien longtemps. Depuis la décision unilatérale de Nixon, en 1973, de ne plus indexer le dollar sur l’or, faute de pouvoir effectivement le faire, le monde est entré, malgré lui, dans l’ère plus que flottante des monnaies flottantes, et tandis que les accords de Bretton Woods conféraient aux États-Unis le leadership mondial au sortir de la seconde guerre mondiale, la situation a depuis notablement évolué. Ces accords ont subsisté envers et contre tout, mais aussi contre toute logique. L’euro aurait pu être cette monnaie de référence, théoriquement bien plus stable et solide que le dollar, mais l’actualité de ces dernières années a plutôt contredit cette hypothèse.

A moins d’être un très fervent défenseur de la cause américaine, force est de constater que les carences chroniques de l’économie américaine sont supportées par le reste du  monde. Mais la déclaration de Chine Nouvelle est aussi intéressante à plus d’un titre: elle intervient à un moment critique de la vie politique intérieure des USA, et elle apparaît aussi comme une sorte de pied de nez à la suprématie américaine. La globalisation a un air d’américanisation pure et simple, et la politique « culturelle » des USA fait fi des particularités culturelles des autres pays. Au contraire, la logique industrielle exige une clientèle avec des goûts et des besoins les plus homogènes possibles afin de vendre le plus possible. D’où l’impression, assez angoissante, d’une sorte de nivellement culturel où tout le monde mange des hamburgers, regarde des séries américaines et possède un frigo avec bloc à glaçons, une voiture climatisée et toute sortes d’appareils électroniques plus ou moins inutiles. Objets fabriqués pour la plupart… en Chine.

La boucle étant bouclée, la Chine se plaint donc des incohérences de son partenaire, mais nous ne sommes pas sortis de l’extension d’un modèle culturel à la planète toute entière.

Pourtant, les productions cinématographiques chinoise, par exemple, proposent déjà une autre vision du monde que les films d’actions étasuniens. Cela pourrait rassurer, mais jusqu’à un certain point seulement… car la logique de l’industrie de masse renverse tout. Elle semble se suffire à elle-même.

L’american way of life a donc encore de la ressource, et même si elle quitte le territoire américain, elle pourrait bien revenir par la Chine!

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