La culture canaque au quai Branly: la porte

Ce linteau, fabriqué au XIXe siècle (il y a des traces de travail avec des outils en acier, élément importé par les colons blancs), témoigne d’une transition culturelle particulière: il correspond au moment où la culture canaque régresse au profit de la culture européenne, mais sans disparaître totalement.

Qu’est-ce qu’un linteau? Une pièce qui permet de délimiter une porte. Tout comme le seuil, elle a une utilité à la fois pratique et symbolique. Autant le seuil indique l’entrée, le passage, autant le linteau délimite une hauteur et soutient la partie supérieure de l’édifice. On enjambe le seuil, on passe sous le linteau comme sous le ciel…

On y distingue sept croix entourées de visages. Que l’on ne s’y trompe pas: ces motifs ne sont pas « décoratifs ». Le décor, en tant que pur ornement, est une invention européenne plaquée ensuite sur des réalités culturelles tout à fait différentes. Ce qui n’est que décor pour nous est symbole dans d’autres cultures. Le concept de symbole n’a pas forcément bonne presse en anthropologie, car il est jugé trop flou et pas suffisamment délimité.

Et pour cause, car le symbole ouvre sur des univers dont les signes habituels du langage ne peuvent rendre que très imparfaitement compte. Le symbole est un ensemble ouvert  lui-même, capable de mettre en relation le visible et l’invisible, le rationnel et ce qui se situe au-delà.

Or, l’au-delà du rationnel n’est pas l’irrationnel. Et même l’illogique détient sa propre logique. C’est juste que celle-ci nous échappe.

 

Linteau supérieur de porte de case. Pièce de bois arrondie et ovoïde allongée, dégrossie à la hache et terminée aux deux extrémités par une sorte de tenon. L’un de ceux-ci, long de 15 cm, est entier, et comporte un trou de 2,4 cm de diamètre et de 6 cm de profondeur. L’autre, long de 12 cm, est éclaté et ne laisse pas voir le commencement du trou, profond de 8 cm. Une des surfaces est ouvragée et présente un bas-relief comportant croix, yeux, nez et bouches sans contours de visages. Stylisation canaque classique.
Élément d’architecture. Ce linteau, placé en haut de la porte, est disposé de manière à ce que la partie sculptée soit tournée vers le bas, l’autre surface étant cachée par les feuilles du toit. Il est fixé à deux poteaux appointés, passant dans les trous des extrémités. Les dimensions identiques de ces trous indiquent qu’ils ont été faits avec une tarière, tout comme les traces d’outils dénoncent une herminette d’acier. Cela fait dater le linteau du milieu du siècle dernier, époque à laquelle les kanak utilisaient encore leurs architectures et se servaient de la hache importée. Quand le linteau a été recueilli, il servait de poteau de barrière de véranda à une case de style européen construite par les Canaques.
Date de l’œuvre: début 20e siècle
Matériaux et techniques: Bois sculpté
Dimensions: 110 x 43 x 26 cm
Pays: Nouvelle-Calédonie
Continent: Océanie
Copyright: © musée du quai Branly, photo Ariane Roche

1 143 vues

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :