Spécial Festival de géographie Saint-Dié : les Chinois sous un déluge d’images

Hunan TV Divertissement

La vie des Chinois est-elle un long fleuve tranquille d’images ? Comme chez nous ? Difficile de trancher. Mais ce qu’on voit, ce sont les images envahir progressivement l’espace : dans les trains, à la maison,au restaurant, les Chinois (citadins) deviennent accrocs à leurs écrans. Ils regardent les mêmes programmes qu’en Europe ou aux Etats-Unis : téléréalité, matches (truqués) de football, concours de chansons au micro avec des compétiteurs hongkongais et des célébrités et un sérieux matraquage publicitaire (Hunan TV).

La télévision d’État compte 16 chaînes nationales, et un bouquet de chaînes issues de chacune des 22 provinces, des cinq régions et municipalités autonomes ainsi que les régions administratives spéciales. On compte aussi des chaines à l’échelle d’une ville, d’un district, d’une minorité. Et aussi des chaînes thématiques, privées ou publiques, spécialisées dans le bricolage, le billard, le téléachat, les séries… Soit 2 000 chaînes sur le territoire dont 40 disponibles en moyenne par foyer. Les chaînes info sont les plus regardées ainsi que les émissions de télécrochet où l’on peut voter par SMS pour la voix préférée…

Mais attention : Big Brother PC (parti communiste) surveille Chinese Idol, ou Zhongguo da renxiu, La Chine a du talent, et toutes les émissions qui sont, pour l’essentiel, adaptées aux annonceurs. L’après-midi est un temps matrimonial, les soirées dédiées à la chanson. La téléréalité peut parvenir à marier un ouvrier trapu à une Shanghaïenne sophistiquée, raconte Jordan Pouille  (1).  Les journaux dénoncent le caractère « pernicieux » qui sous-tend ces programmes, les autorités peinent à gérer l’impact de ces émissions lorsqu’on sait que 60 millions de téléspectateurs peuvent être scotchés devant leur poste sur la même chaîne.

CCTV China, le siège de la télévision d’Etat à Beijing

Chansons marivaudage, sport, humour, tout est bon à vendre. Les antennes paraboliques sont interdites, Rupert Murdoch ayant eu l’imprudence de dire qu’aucune dictature n’y avait survécu. La BBC et CNN ne peuvent donc pas diffuser. La publicité marche très bien : il y eut un pic avec  13 000 euros la seconde de pub lors de la Coupe du monde football en 2010.

135 millions de personnes sont chaque soir devant le poste qui diffuse en léger différé (permettant la censure si besoin) un JT fait de rencontres diplomatiques, de poignées de main sur tapis rouge, de policiers secourant la population en cas de séismes. La propagande bat son plein, y compris en géopolitique où le conflit avec le Japon est régulièrement détaillé.

Ça y est, la Chine immémoriale est entrée dans la médiasphère mondiale.

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(1) Le Monde diplomatique, octobre 2013.

 

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