Qui veut la bombe?

L’accord avec l’Iran semble ouvrir une période d’accalmie pour les pays de la région concernée. Mais à vrai dire, comme nous le signalions il y a peu, l’ère nucléaire n’est pas franchement terminée. Au contraire, la fin de la guerre froide l’a fait oublier, mais tout reste en place, ou presque.


Carte du TNP: Vert clair: Signé et ratifié
Vert sombre: Signé
Orange: Retiré (Corée du Nord)
Rouge: Non-signé (Inde, Israël, Pakistan, Sud-Soudan)

Le cas de l’Iran n’est pas spécialement original. Il s’insère dans toute une suite de crises et de négociations elles-mêmes liées au Trait de Non-Prolifération (TNP) signé en 1968 par la majorité des pays d’alors. Certains pays ont hésité, comme l’Argentine ou la Suède, d’autres ont préféré passer outre, comme l’Inde ou Israël, et d’autres essaieraient de continuer à vouloir se doter de la bombe.

Carte de l’Iran Nucléaire. Source Areion/Capri

L’Iran veut-elle la bombe? Lancinante question. Mais il semblerait que l’arme nucléaire soit le nec plus ultra de la « vraie grande puissance ». Cela fait un pack. Ressources naturelles, industrie, informatique, nucléaire, ainsi la panoplie est complète. Est-ce bien raisonnable? Les États-Unis n’ont pas eu d’état d’âme et ont clairement opté pour entrer dans l’ère nucléaire. On pourrait dire que c’est l’évolution logique de ce que les étasuniens appellent Technology. Ils en sont les principaux promoteurs et bénéficiaires, voire les admirateurs. Ce qui est plus troublant, c’est la quantité d’ingénieurs et scientifiques allemands discrètement exfiltrés vers les USA à la fin de la seconde Guerre mondiale, juste avant l’apparition de l’informatique, la cybernétique, la propulsion à réaction… Le vainqueur a ainsi recyclé bien des vaincus de valeur. Les Soviétiques ont fait pareil de leur côté, selon les positions de leurs troupes.

L’arme nucléaire fait peur, elle arrange peut être aussi un peu tout le monde. Mais elle n’empêche en aucun cas les conflits plus « locaux », sinon cela se saurait. Elle resterait donc l’apanage des grandes puissances.

On touche là, en fait, à la symbolique du pouvoir. Comme l’or et les diamants, assez peu utiles finalement dans la vie courante, ne prennent la valeur que l’on veut bien leur accorder, de même la « grandeur » d’un pays se mesure aussi à son arsenal, dût-elle ne jamais l’utiliser. On laisse les ogives dans leurs silos comme les diamants dans le coffre-fort. Mais on ne sait jamais.

Affiche du film de Stanley Kubrick, Docteur Folamour

En réalité peu de pays ont les capacités techniques nécessaires pour fabriquer des engins nucléaires. On aura beau trouver la recette sur Internet, la mise en œuvre est autrement plus difficile… Alors, signer un traité n’engage pas à beaucoup. On dit l’homme raisonnable, mais est-ce bien certain? Edgar Morin parle de l’homo demens, par opposition à l’homo sapiens. Gageons que celui-ci maîtrise celui-là. Sinon ce sera Docteur Folamour, un film très drôle tant que l’on ne se sent pas concerné…

Ci-dessus: Centrale nucléaire iranienne de Bushehr (archives)  Photo :  AFP/MAJID ASGARIPOUR

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