Nelson Mandela et l’Afrique du sud

Nelson Mandela est mort, tous les media résonnent de la triste nouvelle.

Son nom même évoque désormais le dépassement des oppositions entre noirs et blancs, malgré tout, et la vision du monde qu’il a défendue est devenue réalité. L’Afrique du sud a engendré deux géants politiques du XXe siècle: Gandhi et Mandela, tous deux issus, si l’on peut dire, de l’oppression colonialiste la plus brutale et la plus inique jamais imaginée sans doute, plus perverse encore que l’esclavage, l’apartheid.

Les racines de l’apartheid sont anciennes, et ce système est en partie basé sur une lecture de la Bible foncièrement biaisée, dans laquelle les « serviteurs » dépendent des « patriarches », de manière « naturelle ». Si les patriarches sont les colons Boers, alors les Africains noirs sont les serviteurs. CQFD. Voilà pour la logique de la première colonisation. Et lorsque les Britanniques remportent plus tard la Guerre des Boers, ils se rachètent une réputation en lâchant du lest auprès des ultras parmi les blancs. L’apartheid se met donc progressivement en place tout au long du XXe siècle, mais avec des bases idéologiques qui remontent au XVIIe siècle. L’histoire du territoire sud-africain est alors réécrite par les vainqueurs qui font des populations noires des immigrés de fraîche date, des peuples finalement peu légitimes. C’est dans cette logique que les sinistres bantoustans sont créés…

On en arrive alors, peu à peu, à une codification de la séparation qui fait froid dans le dos. Tous les aspects de la vie quotidienne sont considérés pour séparer systématiquement blancs et noirs et assurer la suprématie blanche. La mécanique répressive est alors en place pour des années, tolérée en raison aussi du contexte de guerre froide, un autre « système » qui a rendu possible les pires dictatures au nom de la « défense de la liberté »! La lâcheté alliée à l’hypocrisie en somme.

Mais à présent, tout cela n’est que ruines, même si l’ Afrique du sud reste un pays très violent socialement, économiquement et politiquement. Cependant, Mandela a donné tort à tous les Cassandre qui souvent rivalisent d’imagination pour décrire le pire, mais ne savent jamais prévoir le meilleur: un pays qui résiste à la guerre civile, qui se bâtit et peut servir d’impulsion à tout le reste du continent.

Nelson Mandela en 1950 en tenue traditionnelle Thembu, sa tribu d’origine qu’il n’oublia jamais

Gandhi a lui transporté son expérience de « coloured people » du colonialisme en Inde. On en connaît les résultats. Mais l’Inde a connu de grandes violences à la fin de l’époque coloniale, assortie du fanatisme et de l’intolérance. Espérons que la mort de Madiba ne réveillera pas les démons endormis. En tout cas, Mandela a prouvé qu’une certaine grandeur d’âme pouvait prévaloir en politique contre tous les cyniques et les carriéristes qui malheureusement pullulent en ce domaine. C’est déjà une très bonne nouvelle face à tous les fatalismes.

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