Russie, Chine et Iran: continuités impériales?

La libération de « l’oligarque Khodorkovski », « gracié » par Poutine fait penser à ces libérations d’ancien Régime, dues au bon vouloir du souverain. Cela pose le problème de la continuité non pas historique de l’état russe, mais de sa continuité culturelle pourrait-on dire. Tout comme la Chine « communiste » a hérité bon gré mal gré de l’empire, et l’Iran de la Perse ancienne.

Ces continuités sont troublantes car elles apparaissent en dépit de toute logique historique, même si on peut les justifier parfois: au contraire, ces états ont prôné chacun à leur façon une rupture définitive avec le passé. Mais il s’agirait là d’un retour du refoulé qui passe par une très grande résistance des pratiques du pouvoir, ou du rapport au pouvoir, tant des populations que des élites. L’exemple français est assez éclairant: la Révolution est censée avoir balayé la monarchie, mais les structures centralisées ont continué à imprégner les mentalités jusqu’à aujourd’hui.

Libérer des opposants, voilà un geste généreux pour le souverain! Mais Poutine n’est pas un tsar… Problème de géographie historique et culturelle, les continuités impériales sont troublantes, et elles se manifestent parfois involontairement, car à quel point ces méthodes de gouvernement s’affirment-elles comme dans la lignée des régimes précédents? Malgré des régimes différents, les pratiques se ressemblent.

Le passé lointain et mythifié est souvent convoqué pour justifier des régressions politiques inquiétantes et museler l’opinion. C’est la que le « joujou patriotisme », comme disait Rémi de Gourmont, devient vraiment dangereux.

 

Ci-dessus: Mikhaïl Khodorkovski, lors de son dernier procès, en décembre 2010. Crédits photo : Ivan sekretarev/ASSOCIATED PRESS

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