En attendant le carnaval…

Cette semaine, nous proposons un objet très célèbre en Bolivie: un masque de danse de Lucifer de la Diablada.

Le carnaval est une période un peu oubliée en France et en Europe en général, et s’il est pratiqué, il s’agit encore, le plus souvent, d’un appât pour les touristes, ou d’une fête pour les enfants, à des dates bizarres, sans aucun rapport avec les cycles naturels auquel les carnavals authentiques étaient attachés. La ville de Binche, en Belgique, perpétue une tradition vénérable à ce propos, mais rares sont les villes de ce genre.

Car le carnaval était un rite agraire, censé chasser le « bonhomme hiver » et faire revenir le printemps et sa douceur. L’enjeu était de taille. et cette fête de l’inversion permettait aussi à des sociétés très encadrées de se défouler à bon compte avant de reprendre un quotidien souvent bien pénible. Mais laissons la parole au musée:
« Lucifer est l’ange qui se rebella contre Dieu. Dans la danse de la Diablada, il incarne néanmoins une force positive, en relation avec la divinité amérindienne de l’inframonde Supay, dispensateur de bienfaits.

L’origine de la danse de La Diablada remonte au XVIIe siècle quand les mineurs des villes de Potosí et d’Oruro reconnurent la Vierge de la Candelaria (Vierge du Socavón) comme la Mère Protectrice des travailleurs, la Pachamama ou Terre Mère, et la Sainte Patronne des mineurs. En parallèle, la croyance en Supay, un personnage mythique préhispanique, divinité de l’inframonde, perdura et évolua progressivement pour devenir le Tío de la Mina, le bienfaiteur des mineurs, qui fut associé au Diable par les Espagnols.
La danse de La Diablada est exécutée lors du carnaval de Oruro (février), dans le cadre de rituels célébrés en l’honneur de la Vierge du Socavón, qui sont également en lien avec les rites amérindiens de floraison et de renaissance du monde naturel et minier. La danse est précédée à Oruro de divers rituels rendus à la Vierge, mais aussi au Tío de la Mina et aux huacas locales (esprits) pour demander une reproduction fructueuse du minerai (étain).
La Diablada fusionne des éléments de la religion catholique et des croyances autochtones au travers d’une danse théâtrale qui met en scène les personnages de Lucifer ou Ñaupa Diablo, escorté d’une légion de démons et de l’Archange Saint-Michel qui est le chef de la milice angélique. Si ces personnages figurent dans la religion catholique la lutte du bien contre le mal, qui se termine par la victoire des anges, dans cette danse le diable sous toutes ses formes (Lucifer, Ñaupa Diablo, China Supay, diable de troupe) incarne au contraire une force positive en relation avec Supay.

Masque doublé d’une sorte de feutre.
Arcades sourcilières creuses remplies de bourre de crin blanc.
Un grain de beauté sur chaque joue.
Bouche ouverte avec les dents de la mâchoire supérieure figurées par un miroir taillé en forme de dents collées les unes aux autres.
Légère proéminence percée d’un trou sous le menton.
Deux trous percés sur les côtés.
Deux cornes multicolores courbes et pointues plantées dans le front.
Couleur chair, très rouge sur les joues. »

Cet objet est présenté au Musée du quai Branly.

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