En attendant Miyazaki, pensons à la Nature!

Libération a publié ce week end un interview très intéressant sur l’auteur de Princesse Mononoké ou encore le Voyage de Chihiro, dans l’attente de la sortie du dernier opus du maître, Le Vent se lève, apparemment la production la plus sombre des studios Ghibli. C’est l’occasion pour nous de revenir sur l’univers de Miyazaki.

Tout d’abord, c’est un univers profondément japonais, dans le sens où, même si les histoires se déroulent aussi pour une bonne part dans une Europe rêvée, faite de toutes sortes d’endroits recomposés (ce qui se voit particulièrement bien dans Kiki la Petite sorcière), la sensibilité que l’on y retrouve plonge ses racines dans la culture nippone, essentiellement à travers le rapport à la nature. Sans vouloir diminuer la part de génie et d’inventivité de Miyazaki, force nous est de constater que la nature apparaît comme un personnage à part entière, et qui se démultiplie à travers différentes situations et différents personnages qui incarnent tel ou tel aspect du monde naturel.

Certains prétendent que le monde de Miyazaki reflète le rêve ou le monde de l’enfance par opposition à la réalité des adultes. Je ne suis pas sûr du tout de cela. J’aurais plutôt tendance à considérer l’inverse: c’est notre réalité standard qui manque de réalité, et celle dépeinte par Miyazaki est plus complète car elle fait appel à la sensibilité des enfants qui n’est pas encore déformée et conditionnée par les tabous et les craintes des adultes. C’est tout à fait différent.

C’est la nature appelée animiste par la tradition ethnographique occidentale, c’est à dire, dans le cas du Japon, celle du Shinto.

Le Shinto est une vision du monde « archaïque », vision à laquelle Miyazaki semble très sensible. On en voit l’illustration dans le Voyage de Chihiro, à cause de cette multitude indénombrable de kami, ces dieux/génies/esprits qui habitent tout le monde naturel et le rendent sacré.

La Princesse Mononoke

La sacralité de la nature éclate chez Miyazaki, notamment dans Princesse Mononoke, film très subtil qui pose le problème de la transition de la tradition à la modernité dans un pays, le Japon, très préoccupé par son rapport à l’Occident afin de préserver son indépendance. Et comme on sait, les fusils l’emportent contre les arcs et les bâtons… Mais est-ce vraiment le sens de l’Histoire?

Au Japon, comme dans le monde sinisé en général, l’opposition entre la plaine dévolue aux hommes et la montagne laissée aux dieux est patente. La plaine du Kantô, autour de Tokyo, est très densément peuplée, mais les montagnes japonaises sont laissées presque vides. C’est souvent au point de contact entre ces deux mondes que prennent place les histoires de Miyazaki. Et les destructions ou les détériorations engendrées par l’irruption de la technologie actuelle n’est pas présentée de manière caricaturale, mais comme une question à notre mode de vie si consumériste.

La question de la pertinence de la civilisation matérielle moderne est en fait constamment posée dans ses films, et même si la technique y existe, elle est vécue souvent sous un mode nostalgique, et à une époque où elle ne prend pas encore le pas sur la vie humaine. Mon voisin Totoro exprime bien cette tension, puisque le film se déroule dans les années 1950 environ, dans un Japon libéré du militarisme, mais pas encore submergé par la technology à l’américaine.

Enfin, le soin accordé à la description du monde vivant, la beauté des coloris et du dessin confèrent une aura presque surnaturelle à cette nature recréée par le dessin. Peut être Miyazaki réenchante-t-il le monde, mais on a surtout l’impression d’avoir vécu un moment de « vraie réalité » pendant que l’on regardait l’un de ses films.

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