La Syrie, l’Irak et le Liban: un « grand jeu » à haut risque?

Comme le souligne le journal le Monde, les menées des islamistes engendrent une onde de déséquilibre dans toute la région, ce qui n’est pas une surprise. Mais les affrontements entre milices « jihadistes » et rebelles non islamistes risquent de perturber encore plus les rapports de force locaux. On avance un peu plus dans le cynisme politique le plus destructeur.

Le régime syrien peut être en effet content de lui: à force de vouloir conserver le pouvoir, on risque bien d’entrer dans une phase de conflit non plus uniquement syrienne, mais véritablement internationale. Et ce sont les vieilles haines confessionnelles entre chiites et sunnites qui refont surface. Bachar al Assad essaie tous les biais pour détruire la rébellion, le pays est en ruine et les réfugiés hantent tous les pays limitrophes: les réactions des islamistes sont d’une brutalité qui pousse les rebelles « non islamistes » à contre-attaquer y-compris du côté irakien et libanais, afin de diminuer la menace.

Cité par le Monde, « Un arc de crise est en train d’émerger, de l’Irak au Liban, qui atteste de la contamination de la région par la tragédie syrienne, analyse Peter Harling, de l’International Crisis Group. Cet arc est composé d’une multitude de conflits qui s’imbriquent l’un dans l’autre, avec une coloration confessionnelle très forte, même si l’on ne peut pas réduire l’embrasement actuel à un affrontement chiite-sunnite. Toutes ces crises profitent de l’affaiblissement des structures étatiques, de l’érosion des frontières, de l’interpénétration des sociétés et du désengagement américain au Moyen-Orient. »

Mais on peut s’interroger sur les raisons des divisions entre sunnites et chiites. On sait que la déchirure remonte aux premiers temps de l’islam, et renvoie au sempiternel problème de la succession. D’un côté la famille, de l’autre les compagnons de route. Dilemme classique, mais qui dans le cas de l’islam, rend l’umma, « l’assemblée des fidèles » très hypothétique. L’universel en ligne de mire et la violence comme banalité…

L’Arabie saoudite, défenseur du sunnisme (« sunna », tradition en arabe) et l’Iran pour les chiites (« partisans » d’Ali), s’affrontent donc pour diverses raisons, où le religieux est intimement lié au politique. Un cauchemar pour la laïcité stricte qui ne tolère pas un tel entremêlement. Mais on pourrait même y ajouter des considérations millénaristes, telle le mahdisme, mouvement messianique soudanais qui a pu menacer les colonies britanniques aux XIXe et XXe siècles.

On a coutume de lire les conflits actuels avec les islamistes de façon très pragmatique et finalement matérialiste, mais les enjeux se situent à différents niveaux, et comme nous l’avions souligné dans un autre article sur la Syrie, les confessions religieuses, et surtout les convictions religieuses, importent de plus en plus.

La religion n’en sort certainement pas grandie, mais il faut surtout observer ce qui se passent aux frontières ces jours-ci, car cette région instable depuis longtemps le devient un peu plus encore.

Ci-dessus: Défilé de combattants de l’État islamique d’Irak et du Levant (EIIL), groupe lié à Al-Qaida, à Tel Abyad, à proximité de la frontière turque, le 2 janvier 2014. | REUTERS/STRINGER

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