Jean d’Ormesson, élu chevalier du goûte-andouilles de Jargeau

Ci-dessus: Jargeau, paisible bourgade des bords de Loire

 

Perçant de ses yeux bleu électrique la couverture rouge, jaune et blanc du Point jusque dans les kiosques de la gare de Ueno à Tokyo, Jean d’Ormesson ondoie le monde de son optimisme. Pour Edouard Launet (1), depuis soixante ans, notre pays se soucie que cet académicien reçoive « chacune des breloques et distinctions que lui vaut son immense mérite ». En montrant les possibles concours en passe d’être gagnés par notre pétulant octogénaire, Édouard suggérait à Jean d’O de présenter sa candidature à la Confrérie des Chevaliers du goûte-andouille de Jargeau (Loiret). Nous sommes en mesure de le confirmer : sa candidature a bien été déposée, un conseil va se réunir et voir à quelle occasion, les 4 483 Gergoliens pourront acclamer leur nouvel élu.

L’occasion pour la France et la Navarre et Geographica de braquer leurs projecteurs sur cette paisible bourgade vivant dans l’ombre portée d’Orléans. Jargeau n’a-t-elle pas été l’un des sites du théâtre de l’épopée de Jeanne d’Arc ? Bientôt y figurera  en statue équestre Jeanne et Jean, pour une chevauchée contre les Anglais.

Il y a de quoi, en effet. Car entré sous la Coupole à moins de cinquante ans, Vladimir François de Paule Le Fèvre d’Ormesson, croule sous les hommages. Mais pour Edouard, il lui manque la stature universelle que lui offrirait un prix du Grand écrivain qui, hélas, n’existe pas. Antoine Gallimard peut bien se laisser tenter par les ventes prometteuses du nouvel élu de la collection de La Pléiade, il a assez d’expérience pour savoir que les livres reliés cuir pleine peau à la feuille d’or ne sauront épuiser la vanité du comte d’Ormesson.

La Loire qui charrie déjà les sortilèges de Julien Gracq à l’aval, peut bien supporter à l’amont les charges de l’éclat ormessonnien. Certes, Jargeau n’est pas Stockholm et son prix Nobel que Vladimir attend, en vain, chaque année. Mais son carnaval de mars est une belle distraction qu’on ajoutera à la confrérie des Chevaliers du goûte-andouille. Une occasion supplémentaire pour Jean de visiter la Loire avec son cabriolet décapotable et de plonger ses lasers bleus dans les eaux ligériennes. A Jargeau, le succès ne se dément pas entre le concours international de la meilleure andouille (suspense du résultat le 1er juin 2014) et la foire aux châtaignes (châts) qu’on lui propose aussi d’inaugurer.

Jean d’Ormesson connaît sans doute très bien sa carte de Vidal. Comme Lucien Jeunesse ou Jean-Pierre Coffe qui ont sillonné la France pour des dizaines d’émission style « jeu des mille francs ». Patience, Jean d’Ormesson ! François Hollande poussera du coude Jaurès au Panthéon  pour y prévoir une entrée directe, dès que seront achevées vos futures obsèques nationales aux Invalides.

Pour graver dans le marbre de la géographie française l’héroïsme de Jean d’Ormesson en région Centre, on peut piocher dans l’une des milliers de citations désormais gravées sur papier bible ou courant, tel le furet, entre le Figaro et le Point, et rappeler, comme Édouard, combien la pensée politique de notre éternel jeune homme est abyssale : « Je suis pleinement favorable au mariage gay mais seulement entre les politiciens de gauche. Tout ce qui peut contribuer à leur non-reproduction est un bienfait pour tous. »

Impertinent et incorrigible épicurien, la topographie ligérienne va vous marquer désormais du sceau enviable de l’andouille.

 

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(1) Libération, 20 février 2014

 

 

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