Pourquoi (ne pas) aller voir le film Pompéi?

L’affiche du film, avec un volcan tonitruant

Le cinéma a des problèmes avec deux types de sujets: les catastrophes et l’Antiquité. Alors quand on veut représenter une catastrophe dans l’Antiquité, comment dire?.. On court doublement à la catastrophe. C’est ce qui semble se produire avec le dernier film du genre, Pompéi, de Paul Anderson, se sentant obligé, à grands renforts d’effets spéciaux, de montrer l’éruption de 79 qui détruisit Pompéi et Herculanum.

Éruption du Vésuve vue de Naples, octobre 1822, dessin de George Julius Poulett Scrope.

Je n’aime pas trop faire le géographe rabat-joie, mais quand même ! L’éruption du Vésuve présentée dans le film est vraiment très éloignée de celle décrite par Pline le Jeune dans deux de ses lettres. Cette éruption a été précisément décrite par le jeune Romain, au point que les volcanologues lui ont donné son nom d’éruption plinienne, se traduisant par l’expulsion d’une grande quantité de cendres, mais pas par des coulées de lave. Cendres, scories et lapilli, nuées ardentes à la rigueur, coulées de boue brûlante dans le cas d’Herculanum, mais pas de coulée de lave rouge vif, ni de bombes volcaniques qui fracassent les bâtiments en explosant comme des obus de mortier ou de bazooka.

Evidemment, les effets visuels en prendraient un coup, mais on serait tout de même plus proche de la vérité historique, dont on sait bien les libertés que le cinéma prend à leur égard. Dans le cas de l’Antiquité, il arrive aussi que les conseillers historiques et scientifiques, s’ils existent pendant le tournage, finissent par être remerciés ou sont dépassés par les innovations ébouriffantes des metteurs en scène emportés par la ferveur de leur inventivité visuelles. Après tout, le cinéma c’est d’abord du spectacle. Mais on finit dans le grand n’importe quoi.

Malheureusement, il semble que vouloir dépeindre l’Antiquité avec réalisme ferait fuir le spectateur car la réalité décrite serait par trop éloignée de la nôtre. Mais est-ce si sûr? Alors, on transige. Le détail qui tue, c’est presque toujours la coiffure féminine, dans l’air du temps, non de l’époque traitée par le film, mais de celle de la réalisation du film. D’où  le côté irrésistiblement ringard de beaucoup de péplums des années 1950-60, au point que l’Antiquité gréco-romaine a pour toujours un petit parfum sixties. Poupée gigogne, l’Antiquité du cinéma est donc assez éloignée de l’Antiquité tout court, et c’est bien dommage. Une Antiquité peut en cacher une autre !

Il y aurait un beau travail à faire sur les lieux communs (aux sens propre et figuré) du cinéma, car à chaque fois que l’on montre un élément visuel significatif, on se sent obligé de recourir à des sortes de modèles presque absolus : les montagnes, c’est forcément l’Everest, des cascades, Iguaçu, un désert, des dunes de sable au Sahara, un volcan, des coulées de lave rouge et des explosions… Le film nous gratifie même d’un tsunami, histoire de faire bonne mesure, alors qu’il n’y en a pas eu à Pompéi.

Un chien mort au bout de sa chaîne moulé par Fiorelli

Autre lieu commun sur Pompéi, l’idée que la ville était en pleine activité au moment de l’éruption (qui a probablement eu lieu à l’automne 79).Or, un violent séisme avait eu lieu en 62, précurseur de l »éruption de 79, qui avait déjà dépeuplé en partie la ville. Celle-ci était encore endommagée au moment de l’éruption de 79. Mais il est plus intéressant de filmer des gens qui courent partout plutôt que quelques pékins en train de s’enfuir à l’avance. Restent les gens surpris et surtout asphyxiés par les cendres, qui ont fini, bien des siècles plus tard, par être moulés par l’un des premiers archéologues à travailler sur ce formidable site archéologique, Fiorelli.

En fait, un bon film sur la fin de Pompéi devrait montrer un écran noir avec quelques lueurs ici ou là et des cris désespérés venus d’un peu partout…

Les Derniers jours de Pompéi, version de 1948

Bien sûr, durer une heure et demi avec ce genre d’images demanderait un effort conséquent au public ! Il faut donc trouver autre chose. Mais dans la série des réalisations au cinéma de la fin de Pompéi, depuis le roman à succès de Bulwer-Lytton, celui d’Anderson ne marquera pas les esprits.

En revanche, la géographie, la littérature et l’histoire notamment explorent depuis des années l’imaginaire lié au volcan. C’est un sujet inépuisable et qui reste fascinant.

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