Leur vie s’est achevée dans la rue

 

Il y a des jours où l’on ne trouve pas les mots pour parler dignement de l’homme. Des hommes qui sont « morts dans la rue » selon la formule consacrée par le site qui en recense sur d’interminables colonnes les noms, l’âge et le lieu du décès (1). D’ailleurs, faut-il des mots ? L’hommage rendu dans certains journaux par leurs mentions serait suffisant à nous interroger sur ces personnes dont le pape François se scandalisait qu’elles soit devenues le « rebut » de nos sociétés riches. C’étaient donc des personnes « sans chez soi depuis au moins trois mois » qui ont vu leur vie s’achever au milieu de nos vies trépidantes. Certaines ont été enterrées dignement avec leurs proches, d’autres dans des conditions parfois révoltantes.

Mais « la rue » n’a pas toujours été la rue. En parcourant les premiers de la liste de ces 453 personnes décédées en 2013 en France, on trouve mention de vrais carrefours, comme l’esplanade de la Défense pour Zbiniew Kurkarewicz 55 ans, un parvis d’église pour Auguste Trules, 60 ans, à Saint-Denis (La Réunion), un kiosque à musique à Cannes pour Luklak Cegarcki, 30 ans, à Cannes, un centre commercial de Lorient, pour « un homme », 50 ans environ ou une usine désaffectée pour Maria, à Lyon. Devant les gares, à l’aéroport de Toulouse, sur les bancs, dans des squats, dans les caves, les stations-services, les voitures, des « réduits », des voitures, des cabanes, sous la tente, sur le quai du métro, dans des box ou des parkings, dans les stades, les ports de plaisance, en foyer, sur les Champs-Elysées parisiens ou à Neuilly et, pour quelques uns, à l’hôpital, voire devant l’hôpital du Val-de-Grâce pour Pierre Hirsch, 49 ans.

Leur patronyme montre autant de francophones que d’étrangers, avec une surreprésentation de noms polonais, mais aussi des noms bourgeois comme Pierre Malherbe (âge non précisé) ou Eric Mitterrand, 48 ans à Paris, Sylvie Gendreau, 39 ans à Paris ou Robert Fasquelle, 50 ans, à Bruay-la-Buissière. Une très grande majorité d’hommes et des âges qui vont de 1 an pour David (dont la maman vivait dans la rue aussi à Nantes) à 83 ans pour Florica Toloiu à Paris, mais une médiane vers les 45 ans. La pyramide des âges ci-dessus donne les infos en rouge, soulignant la surreprésentation des hommes.

Les grandes villes mais aussi les interstices des banlieues, parfois les ponts, souvent les berges des canaux et rivières virent leur dernier souffle. Certains étaient connus, avaient une vie sociale dans leur quartier comme « Tino », habitué de la rue du Poteau à Paris, ou « Fifi », 55 ans, place d’Aligre à Paris, ou encore  « Jo », 49 ans, vrai phare de la place de la Nation à Paris.

Parfois, ils se sont soutenus dans la misère, ce qui arriva à Didier Lang, 46 ans. Pour lui, la rue lui a apporté ce qu’il a dû chérir le plus au monde en juin 2013 : les bras tendus d’un compagnon à Saint-Avold. A cet instant-là, la rue avait cessé d’être la rue.

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Source sur le site de Morts de la rue

 

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