L’espace géographique après la mort

Ci dessus : Maison funéraire tamoule (Inde)

L’espace géographique n’est-il que terrestre ? Lié à notre planète ? Ou imaginaire, tel qu’il est développé dans l’Atlas imaginaire (Citadelles) ? Ou post mortem, comme le suggère le sens de cette notion d’au-delà ?

Les anthropologues n »ont pas les pudeurs des géographes pour explorer de nouvelles contrées. La Mort et ses au-delà est un  livre collectif qui cherche à mettre en lumière des invariants universels et les différences sur la mort et ses représentations d’une géographie de l’au-delà.

Esther Attias a interrogé (1) Maurice Godelier expliquant que le livre vient d’une demande des médecins voulant savoir pourquoi les familles avaient délégué à l’hôpital le soin d’accueillir les mourants. D’où ce travail sur les représentations de la mort qui mène forcément à l’étude des au-delà.

La découverte de ce livre, c’est que la mort n’est pas l’opposé de la vie, mais grâce au brahmanisme, on sait que la mort est opposée à la naissance dans toutes les civilisations. « La naissance est l’instant d’une combinaison d’éléments tandis que la mort est une disjonction de ces éléments, avec un « reste » qui ne disparaît pas. Ce « reste », c’est l’âme ou l’esprit. C’est au début de la vie que des agents extérieurs, des ancêtres, des dieux, ou Dieu, interviennent pour l’insuffler au corps. Cette composante peut être une ou plurielle : les âmes sont au nombre de trente-deux chez les Thaïs bouddhistes, de dix chez les Chinois. C’est à elles que toutes les religions vont imaginer un destin, un « séjour des morts ».

Pour Maurice Godelier, ces mythes s’expliquent parce que pour l’esprit humain, « l’impossible est tout de même possible« . Les religions aident à expliquer des phénomènes difficiles à expliquer : « qu’est-ce que naître ? qu’est-ce que mourir ? » Les religions répondent par des cosmogonies, vécues parfois comme des vérités qui dictent les manières d’être et d’agir.

La mort et ses au-delà explore les sociétés antiques de la Grèce et de Rome, du Moyen Age occidental, de la Chine et de l’Inde d’aujourd’hui, des Aborigènes d’Australie.  Les géographes pourraient y apporter l’étude des cimetières et nécropoles, les espaces du deuil, étudier le cas particulier de la société malgache et son rapport aux morts.

 

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(1) Le Monde, 24 avril 2014

La Mort et ses au-delà, sous la direction de Maurice Godelier, CNRS éditions, « Bibliothèque de l’anthropologie », 350 p., 25 €.

 

 

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