Quand virus et insectes se rencontrent…

Aedes albopictus, le moustique-tigre originaire d’Asie du Sud-Est, espèce très invasive

Les insectes migrent du Nord au Sud de la planète. Ce ne sera pas le premier cas de migrations de virus et de bactéries dans le monde, mais ce qui est nouveau, c’est qu’on impute ces migrations au changement climatique qui ouvrirait de nouveaux écosystèmes aux moustiques : fièvre jaune, chikungunya, paludisme… qui menacent les pays tempérés.

Pour l’instant, le virus du chikungunya se promène de la Réunion aux Antilles où il a déjà touché dans les 4 derniers mois près de 14 000 personnes. Il poursuit son voyage vers la République dominicaine, installé dans ce terrible Aedes albopictus, moustique globe-trotter.

Partie du Kenya en 2004, l’épidémie de chikungunya est « le parfait exemple d’adaptation des maladies virales au village global » selon le professeur Didier Raoult dont l’unité dédiée aux rickettsies (un genre de bactéries parasites intracellulaires), à l’hôpital de la Timone à Marseille, a été l’une des premières à faire le rapprochement entre l’extension de l’aire de répartition du moustique et le réchauffement climatique (1).

La propagation de la maladie se fait par l’association d’un virus ARN d’origine et un insecte piqueur asiatique. L’Océan indien a été la première région contaminée et l’homme qui, jusqu’alors était une impasse, est devenu un réservoir ! Les virus ARN aiment les îles et les mégapoles où les mutations sont plus nombreuses : un mécanisme d’adaptation impitoyable.

Pire, Aedes albopictus peut transporter pas moins de 22 virus, dont la fièvre jaune, l’encéphalite japonaise, le virus du Nil et, surtout, la dengue (qui peut provoquer outre les fièvres, des hémorragies intestinales et cérébrales. La dengue touche actuellement près de 100 millions de personnes selon l’OMS.

La question de la transmission est sérieuse : « La mondialisation complique tout, explique Didier Raoult, cité par P. Molga. Théoriquement, il suffira qu’un touriste se fasse piquer et rentre chez lui porteur d’un virus non encore déclaré pour propager une flambée à des milliers de kilomètres de son foyer d’origine. Pour l’instant, les barrières saisonnières nous protègent de cette globalisation. Mais que se passera-t-il quand le réchauffement climatique les atténuera ? »

En attendant, Aedes albopictus a déjà transmis le virus du Nil aux États-Unis et il est présent actuellement en Corse et à Nice. Aucune région n’est épargnée, le colonisateur s’étant adapté à tous les environnements. Paul Molga montre qu’il n’est pas « le seul à montrer des appétits de colonisateur : Anopheles gambiae, le principal vecteur du paludisme avec Anopheles funestus (300 millions de cas dans le monde), Aedes aegypti, celui de la fièvre jaune, Culex quinquefasciatus (filariose lymphatique, chikungunya, West Nile…), Culex pipiens (West Nile, encéphalite de Saint-Louis…) ou très récemment Stegomyia pia (un nouveau vecteur de la dengue jusqu’alors inconnu) : tous ces moustiques sont dans le collimateur des entomologistes. Et tous profitent du succès planétaire de l’espèce humaine comme d’un tremplin pour accélérer leur dissémination. Les chercheurs suspectent ainsi l’existence de mécanismes de mutation génétique permettant à ces moustiques d’optimiser leur affinité avec l’homme : un gène s’exprimant dans leurs antennes coderait pour une famille de protéines impliquées dans la reconnaissance des goûts, et notamment celui de la peau humaine… »

Chez Sanofi Pasteur, on a fait les comptes des populations exposées, soit près de la moitié de la population mondiale dans plus de cent pays avec 100 millions de nouveaux cas chaque année. On construit une usine pour produire dès 2016 les doses nécessaires à la sauvegarde de l’humanité (1)

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(1) Source : Paul Molga, Les Échos, 10 avril 2014

En chiffres

1 million. Le nombre de décès annuels causés par les maladies à transmission vectorielle. Plus de 1 milliard de personnes sont infectées chaque année par un insecte piqueur.

17 %. Les insectes piqueurs sont responsables de plus de 17 % des maladies infectieuses.

40 %. 40 % de la population mondiale dans 100 pays est exposée au risque de transmission de la dengue.

600.000. Le nombre de décès annuels causés par le paludisme. En Afrique, un enfant meurt de cette maladie chaque minute.

320 millions. Le nombre de personnes qui pourraient être infectées par le paludisme dans de nouvelles zones géographiques d’ici à 2080.

75 %. Les trois quarts des maladies émergentes sont d’origine animale (zoonoses).

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