« Dans la cour », un film de Pierre Salvadori, 2014

Pierre Salvadori, depuis vingt ans et huit longs métrages, propose – à l’image de l’auteur de théâtre qu’interprète François Cluzet dans Les Apprentis, qui se défend de savoir écrire autre chose que des comédies sans prétention – un cinéma sans fioriture, qui ne roule pas des mécaniques. Des comédies éthérées, où gags et quiproquos s’enchaînent et, ici ou là, cèdent la place à des moments de grâce et de fragilité – une anti-déclaration d’amour en ombres chinoises dans De vrais mensonges, Audrey Tautou abandonnée au bord de la piscine d’un palace dans Hors de Prix, Catherine Deneuve perdue dans le rayon d’un projecteur de diapositives dans le récent Dans la Cour. De quoi nourrir un compte rendu de son dernier film, très bientôt en ligne sur le site des Cafés géos et à lire ci-dessous en avant-première mondiale.

À force de modestie et de légèreté, on pourrait accuser Pierre Salvadori de proposer un cinéma drôle et divertissant mais inoffensif. Un cinéma n’ayant rien à dire sur la société et tirant sans relâche sur la corde du duo improbable. En quelque sorte, un cinéma à la Griffith[1], mettant en parallèle ou en présence des individus issus de milieux différents, pour profiter des potentialités comiques de ces associations tout en se gardant d’interroger les rapports de force et de domination, pas plus le destin collectif dont les individus sont porteurs, en lien avec leur bagage socioculturel.

Or, chez Salvadori, il y a bien confrontation et frictions corollaires : entre les jeunes fauché-e-s de Hors de prix et les vieux/vieilles riches qui se les envoient en échange de quelques paillettes ou, dans De Vrais mensonges, entre la coiffeuse ingénue assumant mal son ignorance et l’ambigu intello polyglotte, camouflé en artisan pour fuir sa propre intelligence. Dans la cour tourne autour d’une telle rencontre, dans un lieu fait pour ça, la cour intérieure d’un immeuble du 10e arrondissement. Fait pour ça car on s’y croise, on s’y marche dessus, on y négocie, par le geste et la parole, l’us et l’abus des parties communes. Une interface entre les habitants de l’immeuble mais aussi entre eux et l’extérieur, dont la loge située à l’entrée constitue le nœud et le concierge la personnification. Au cœur de ce condensé d’urbanité, le nouveau concierge va se rendre utile comme il peut, traînant sa dépression et sa toxicomanie loin de la musique et de la scène, qu’il a désertées.

Ce que nous dit au passage le film, c’est que (la suite, c’est ici)

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