Un nouveau monde en train de naître ?

Dans notre période résignée où les salariés de Libé doivent rappeler qu’ils sont un journal, que les paysans ne veulent pas payer de redevance à Monsanto et que l’Europe se sent inquiète devant les échéances qui l’attendent, voici de bonnes nouvelles qui viennent de… l’Equateur (un peu comme le Bengladesh se paie un prix Nobel de la paix). Voici un pays qui veut migrer vers une «société du bien commun», rappelant que l’économie collaborative peut créer des emplois. Interrogé par Libé, Michel Bauwens, penseur belge de l’économie collaborative et du «peer-to-peer», a créé la fondation P2P, boîte à idées de solutions alternatives. Il travaille aujourd’hui pour l’Equateur et prépare la transition du pays vers une «société de la connaissance libre et ouverte». Depuis Quito, il analyse les effets du vent collaboratif qui souffle sur l’économie en France et dans le monde.

Qu’est-ce que l’économie collaborative ?

Elle regroupe trois grands modèles. Celui, tout d’abord, de l’économie de la libre connaissance, qui s’est fait connaître avec les logiciels libres. L’économie du partage, ensuite, qui repose sur une mutualisation des ressources matérielles et regroupe notamment toutes les start-up de location et vente entre particuliers. Enfin, le «crowdsourcing», ou l’externalisation ouverte, qui est une sorte de travail collaboratif.

Peut-elle détrôner l’économie classique ?

Le risque est réel pour les acteurs traditionnels. Chaque milliard de dollars investi dans le libre détruit par exemple 60 milliards de dollars dans l’économie traditionnelle. Aujourd’hui, la vieille économie fonctionne sur la propriété intellectuelle. Mais, dès lors qu’on l’élimine, les nouvelles start-up deviennent ultracompétitives.

De nouveaux usages de l’espace, grâce à l’économie collaborative

Cela va donc détruire des emplois ?

Les start-up peuvent travailler avec moins de salariés. Cela peut donc se traduire par une hausse du chômage, à moins que des politiques publiques adaptées se chargent de rediriger les ressources libérées vers d’autres secteurs. C’est tout l’enjeu de la politique de transition vers une société du bien commun que nous mettons en place en Équateur. L’émergence d’économies parallèles peut aussi créer des emplois. En Europe, un quart des actifs sont des indépendants, et ils seront un tiers en 2020. Le capitalisme centralisé évolue vers un modèle plus distributif.

Faut-il mieux réguler le secteur ?

C’est un des grands enjeux. Pour beaucoup, la régulation est nécessaire car les nouveaux modèles mettent en danger les activités traditionnelles, celles par exemple des taxis, concurrencés par Uber [service de voitures de tourisme avec chauffeur, ndlr], et des hôtels, en compétition avec Airbnb. Le problème, c’est que les start-up refusent la régulation, ce n’est pas dans leur logiciel. Bien sûr, il faut éliminer les règles abusives qui protègent les monopoles. Mais peut-on vraiment se passer de cadres réglementaires, ne serait-ce que sur le plan de la sécurité et de l’hygiène ?

La France est-elle en avance ?

La communauté est très active à Paris, mais le dynamisme du secteur repose plus sur des mouvements sociaux que sur une réelle volonté politique, comme à Naples ou à Bologne en Italie, par exemple, qui font figure d’exemples.

 

 

 

 

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