La France a-t-elle un train de retard?

Depuis longtemps déjà, la SNCF est sur le gril et les usagers (mais doit-on encore utiliser ce mot?) ou bien les clients ont été soumis à rude épreuve avec la grève qui aura duré finalement plusieurs jours. Bien entendu, tout le monde râle voire hurle au scandale, tandis que le gouvernement a tenté de tenir bon face aux grévistes, le tout avec un certain soutien de la population. Le projet de loi du gouvernement devrait passer.

Mais qu’en est-il en fait? Le schéma reproduit ci-dessus montre le trafic ferroviaire en France toute lignes confondues. C’est un schéma en étoile de Legrand, du nom de l’ingénieur qui le premier en France imagina le tracé des voies ferrées au XIXe siècle. Et depuis, cette étoile est restée remarquablement stable. Les grands trajets de Paris à Lyon et Marseille sont clairement visibles. Un diverticule fait son chemin vers Toulouse.

Bien des générations de géographes et d’apprentis géographes ont glosé sur cette étoile, qui apparaît comme l’une des premières cartes thématiques, réalisée dès la fin du XIXe siècle à partir du trafic voyageur. La France centrale apparaît bien comme un creux.

Aujourd’hui, le réseau francilien est extrêmement développé, un peu comme une exagération du trafic plus ancien. Mais c’est le TGV qui a été privilégié pendant des années en terme d’investissement. Le reste du réseau a tout simplement vieilli. A présent, les techniciens s’écharpent pour savoir ce qui rapporte, comment, et comment rééquilibrer les finances un peu chancelantes de la SNCF. Malheureusement, l’accident de Brétigny-sur-Orge de 2013 a révélé les faiblesses d’un réseau « secondaire » mal entretenu et en partie dépassé.

Même si la dernière grève est aussi (et surtout?) un conflit entre syndicats, elle met en exergue des tensions relatives à la mission d’une société comme la SNCF et aux lois sur la concurrence. Mais on sait que dans ce domaine, le dogmatisme règne. On avait scindé Réseau Ferré de France et SNCF au nom de cette fameuse concurrence, censée favoriser le consommateur (plus l’usager). Mais la réalité est tout autre. Étrangement, les leçons anglaises (renationalisation partielle des trains en Angleterre sous Tony Blair, en contradiction totale avec la doxa libérale thatcherienne) ne valent pas en France où l’on continue à penser que le « monopole » de la SNCF est néfaste en soi. Tout comme pour EDF et ERDF? Mais on voit bien que créer de la concurrence artificiellement entre des services à la population qui devraient coopérer entre eux, cela ne bénéficie en rien aux usagers.

On se retrouve simple consommateur mais juste pour payer plus cher. Où est l’avantage?

 

 

 

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