Le Mondial a commencé!

Ça y est, c’est parti: le mondial de football est bel et bien lancé et vous avez pu déjà participer à des soirées de match ou au moins voir ces rencontres sur les écrans au gré de vos sorties, même malgré vous. Le sport permet-il de faire de la géographie? Et le foot? On pourrait se demander quel rapport peut exister entre une science plutôt discrète dans les media et une lame de fond populaire qui envahit à grands renforts de publicité à peu près tous les espaces disponibles de la vie quotidienne, et surtout, bien sûr, la télévision.

Les pays qualifiés pour le Mondial 2014. Source: FIFA

En fait, cela permet de faire de la géographie à plusieurs niveaux! Il y a tout d’abord la géographie des pays sélectionnés, avec ses grands clubs et ses moins grands. On voit surtout que le Mondial n’est pas tout à fait mondial: beaucoup de pays manquent à la fête: le Canada, la majeure partie du continent africain, et toute l’Asie du sud est, ce qui n’est quand même pas rien.

Mais il y a ensuite la géographie des joueurs, très fluctuante puisque comme des bêtes de foire, ou des gladiateurs, on les achète, les échange et les rapatrie en fonction de leur valeur, de leur nationalité ou de leur ambition (les trois ne correspondant pas toujours évidemment). Le Mondial oblige les joueurs nomades à jouer dans l’équipe nationale.

Les nationalismes se réveillent à l’occasion. Dans le cas des Italiens, ceux-ci ont coutume de dire que l’Italie existe seulement  à l’occasion des Mondial, car ce n’est que dans cette circonstance que leur fibre patriotique très relative vibre pour leur équipe. Signe d’une mondialisation totale du sport, les changements d’équipe et de nationalité (donc de résidence) sont la règle, et les mouvements des meilleurs joueurs sont assez difficiles à suivre. en tout cas leur nationalité est-elle aussi toute relative, mais on voit bien, justement, à quel point l’attachement national relève du symbole: à partir du moment où l’équipe existe en tant que telle, elle représente cette communauté virtuelle qu’est la nation, et cela semble suffire à cristalliser l’émotion des foules.

Les stades du Mondial au Brésil en 2014. Source: Maxifoot.fr

Il y a enfin une troisième géographie, qui est celle des stades construits dans le pays hôte, le Brésil. On voit bien que les stades sont surtout répartis le long de la côte: aux exceptions notables de Cuiaba et Manaus, en pleine forêt amazonienne (un vrai éléphant blanc), le reste des stades est situé dans le Nordeste, cœur historique du pays, et dans le sud est, région la plus dynamique économiquement.Il y a bien Brasilia tout de même, la capitale futuriste du pays, mais on peut se demander si les touristes s’y précipiteront.

Jeux du cirque, sport, frénésie collective… le football, c’est sans doute tout ça en même temps, avec en plus cette formidable machinerie financière, qui génère des milliards de dollars de chiffre d’affaire. Mais là, on bascule du côté obscur de la fête du sport: les Brésiliens pauvres sont les dindons de la farce de ce mondial qui a fait flamber les prix, a jeté à la rue des milliers de familles incapables de payer leurs loyers, et a littéralement rendu le pays hors de prix pour la majeure partie de la population.

Du pain et des jeux, certes, mais la présidente actuelle se voit réellement contestée par sa population, et l’anesthésie du sport n’y fait rien. C’est sans doute le signe le plus inquiétant pour l’exécutif et les élites brésiliens: le peuple n’est pas dupe des milliards dépensés à tort et à travers, de la corruption et des arrangements entre politiques et financiers.

Alors la fête du Mondial est toute relative, elle aussi, et elle risque de tourner au vinaigre une fois la coupe du monde finie. Et qu’arrivera-t-il selon que le Brésil perde ou gagne?

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