Les lieux de nulle part qui font toujours rêver

(ci-dessus : L’Utopie de Masdar (Abu Dhabi)

Les géographes qui s’y connaissent en « science des lieux » comme eût dit Vidal, devraient réfléchir à deux fois avant de pavaner sur les utopies. Ils aiment à dire qu’une utopie est  un « lieu qui ne se trouverait nulle part » ainsi que Thomas More l’écrivait au début du XVIe siècle. En parlant d’une cité imaginaire, quelque part ayant la forme d’une île. Puisque les cieux sont vides, construisons le bonheur sur Terre !  Du coup, en bâtissant des utopies qui permettent, comme genre littéraire, de critiquer les pouvoirs en place, ils aiment cette « île du bonheur » que Thomas More décrit comme une cité idéale, bien gouvernée.

En prison, le moine Campanella compose La Cité du soleil en 1623 qui est une île heureuse où le prince gouverneur est assisté par trois conseillers Amour, Sagesse et Puissance. L’année suivante, Francis Bacon fait connaître une Nouvelle Atlantide gouvernée par des savants qui ne pratiquent le pouvoir que pour le bien. Mais attention ! Pas de plaisir ni de jouissance, juste un ordre social intègre. Pas de liberté. La morale n’est pas une plaisanterie : les adultères sont décapités chez T. More ! Chez Campanella, le travail est obligatoire et les enfants enlevés de leurs mères jugées trop tendres.

Même Fénelon dans le merveilleux conte philosophique qu’est Télémaque en 1699, ne badine pas même s’il y prône bonheur et sobriété, les citadins pourraient être renvoyés à la campagne. Ainsi naissent de vraies religions du bonheur, guidées par des lois justes et incontestables, évitant le libre-arbitre.

Les utopistes, selon l’historien Minois, n’ont pas confiance en la nature humaine qu’ils jugent corrompue. Saint-Just à la Révolution peut bien proclamer que « le bonheur est une idée neuve en Europe », il est dans le droit fil de ce que tentent les migrants en Amérique jusqu’aux socialistes et autres fouriéristes vantant leurs phalanstères comme on put en voir un à Guise jusqu’en… 1968 !

L’utopie avec la révolution industrielle migre chez les socialistes, dont Marx et son horizon radieux du communisme. Il faut se méfier des gens qui rêvent des lieux qui ne se trouvent nulle part.

 

 

 

1 356 vues

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :