Médecines d’ailleurs

Y a-t-il une géographie de la médecine possible ? Sans doute, mais en parlant de médecines au pluriel, doit-on les classer selon l’efficacité ? Le Dr Fontanille reste « dubitatif devant certaines thérapeutiques obscures » mais évalue leur contexte et leur utilité sans remettre en cause la biomédecine. La montée des maladies de civilisation en face d’une baisse des maladies transmissibles fait dire à l’auteur que « la santé n’est pas seulement l’absence de maladie ». Les médecins « traditionnels » épousent totalement l’OMS et leur définition de la santé comme « état complet de bien-être, physique, mental et social ». Ce que pensent aussi les médecins qui « entourent de leur prières, d’invocations d’esprits, prenant en compte les croyances du malade et les significations spirituelles ».

Ce livre est passionnant : il nous emmène chez les guérisseurs zoulous, les Kalawayas boliviens, les médecins du Xingu brésilien, les Krus du Cambodge, etc. On apprend que plusieurs groupes humains prennent le pouls comme nous le faisons dans la tradition hippocratique, mais en parlant d’énergies et pour choisir le siège de déséquilibres. La médecine chinoise est très riche sur les pharmacopées tant sa science des plantes est grande. A l’échelle mondiale, la croissance du chiffre d’affaires de la phytothérapie est de 10% chaque année et 80% de l’humanité dépend des plantes pour se soigner au moment où la biodiversité est menacée.

Le livre fourmille d’enquêtes sur les médecines coréennes, indienne et indonésienne, japonaise, kényane, népalaise et péruvienne, avec une approche comparée du placebo selon certaines régions du monde, y compris en Europe où la biomédecine l’utilise comme témoin pour vérifier l’efficacité de nouvelles molécules. Un livre étonnant et bienvenu pour une géographie comparée des propositions médicales dans le monde.

Bernard Fontanille, Elena Sender, Médecines d’ailleurs, La Matinière, 2014, 226 p.

 

 

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