La France en été 2: Mer ou montagne?

Les différents noms attribués aux littoraux français. Source: Wikipedia

On peut dire que la France en été reflue vers les côtes autant que possible. Côte d’Azur, d’abord, mais aussi toutes les autres. L’expression côte d’Azur, première du genre, aurait été inventée par l’écrivain dijonnais Stephen Liégeard, qui, peut être inspiré par la Côte d’Or, aurait ainsi baptisé le littoral du côté de Cannes. L’expression, publiée dans son roman La Côte d’Azur, en 1887, a connu un succès immédiat. Mais le succès a été tel que la plupart des littoraux français ont innové pour attirer les touristes: de la côte d’Opale aux côtes d’Armor (plus attirante que les Côtes du Nord, ancien nom du département…), tous les littoraux français ou presque ont rebaptisé leurs côtes aux couleurs du tourisme estival.

Pourtant, la mer n’a pas toujours attiré les voyageurs en mal de soleil et d’embruns. Il y a encore peu, les côtes du Languedoc-Roussillon étaient très peu peuplées, car marécageuses et infestées de moustiques porteurs de la malaria. Il aura fallu un formidable changement de regard pour que la plage devienne désirable. La promotion du grand air, du soleil, ont contribué à rendre le bain de mer populaire.

Une affiche vantant les plaisirs du ski

La montagne a suivi le même chemin, d’abord perçue comme un environnement hostile, inhumain et effrayant, elle va peu à peu, à travers le romantisme et la vision protestante de la nature, permettre d’atteindre au « sublime » cher à Kant et attirer à elle alpinistes et skieurs d’avant-garde. Mais le tourisme en montagne ne va d’abord concerner que le very happy few. Tous ces changements de représentation ont été remarquablement étudiés par Alain Corbin et les géographes de la géographie culturelle continuent à explorer ces imaginaires très mouvants mais passionnants.

A présent, les flux engendrés par ces divers engouements sont extraordinaires, et cela provoque divers problèmes d’engorgement, pollution et surpopulation provisoire de sites souvent fragiles. On peut aussi se demander à quel point ces représentations, forgées entre les XVIIIe et XIXe siècles sont pertinentes. Le tourisme dans les terres n’est pas mal non plus, et on trouve en France des tendances par région assez intéressantes. Les étrangers qui viennent visiter le pays ont leur prédilection, comme, par exemple, Néerlandais, Anglais et Belges qui investissent la Dordogne et le sud-ouest en général. Là aussi, les imaginaires nationaux se font miroir des imaginaires locaux et les agences de tourisme jonglent avec tout cela pour accroître l’attractivité de leur région. L’enjeu économique est de taille à présent que le tourisme s’est massifié et professionnalisé, parfois à outrance…

Une plage française en été. Crédit: Huffington Post

On voit dans tous les cas à quels points les habitudes de consommation de l’espace sont conditionnées par un imaginaire finalement assez formaté. Mais l’essence du tourisme n’est-il pas de vendre du rêve, même si celui-ci est un peu frelaté? Après tout, chacun peut y retrouver son compte à condition de respecter son lieu de séjour. Le problème de fond est le fait que le tourisme, par son fonctionnement même, tend à détruire son objet si le succès est trop grand. La quête d’authenticité est sans doute un mythe, surtout quand, dans des guides fameux vendus à des millions d’exemplaires, on peut lire « lieu très peu touristique »…

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