La France en vacances 3/3: ça s’arrête quand la pluie?

On espère toujours qu’il fera beau quand on part en vacances quelque part, surtout en été. L’hiver, pour le ski, c’est plus ambiguë puisque la neige et le soleil doivent être au rendez-vous. On espère donc que la neige sera tombée en abondance juste avant son arrivée sur les pistes.

Tous ceux qui sont déjà partis en vacances se rappellent sans doute un été pourri où l’eau est tombée à verses au point de gâcher complètement le séjour… on épuise alors les ressources locales au niveau des cinémas, restaurants, jeux de société, lectures et discussions. Mais vient un moment où on se sent un peu prisonnier du mauvais temps. Cet été n’aura pas été fameux, et on attend une « arrière-saison » meilleure. C’est un acte de foi.

Carte de l’ensoleillement en France. Source: Cartesfrance

La carte de ensoleillement national révèle bien entendu des disparités énormes. Le nord de la Bretagne, le Cotentin, la Picardie et le Nord sont plutôt fragiles. En revanche, la Corse et la Côte d’Azur sont la garantie d’un temps chaud et ensoleillé presque toute l’année. On sait bien que le passage de la Loire vers le sud assure un temps plus chaud et sec… Cela engendre un vrai entassement dans le sud est du pays en été.

La terrasse de la Cité Radieuse, à Marseille, œuvre phare de le Corbusier

Mais pourquoi rechercher systématiquement chaleur et lumière? On peut invoquer des raisons médicales, synthèse en vitamines, action sur l’humeur, réparation des organismes fatigués… Mais il y a aussi, une fois de plus, l’imaginaire lié au soleil. Les années 1910-1920 consacrent l’avènement du « bain de soleil » comme remède absolu, et en architecture, le Corbusier martèle à longueur de livre que la lumière et le soleil doivent absolument devenir la normalité pour les nouveaux bâtiments: c’est une époque où la tuberculose tue encore, alors on estime qu’un séjour prolongé à l’air et au soleil permet de recouvrer la santé. Notre architecte préconise donc des constructions dotées de toits terrasses pour assurer cet accès à la lumière. La Cité Radieuse à Marseille en est un exemple célèbre.

Mais est-il donc logique d’aller chercher la chaleur au sud alors que l’été est déjà là? Mieux vaudrait y aller en hiver, et se rendre au nord en été, quand les températures sont clémentes. Mais nous ne sommes pas forcément dans la rationalité la plus épurée, loin s’en faut. Le fait de vouloir revenir bronzé à tout prix (hiver inclus, avec la marque de bronzage bien connue style « raton laveur », preuve d’un séjour au ski réussi, et marque de distinction sociale), est une injonction très puissante, qui l’emporte sur tout. L’imaginaire du « sud » s’est aussi construit sur le soleil dispensateur de joie et de détente.

Une affiche de 1925 vantant les mérites du bronzage. Source: Puretrend

Le bronzage, encore évité par les Asiatiques qui viennent en France avec des ombrelles et des manches longues, est activement recherché par nos contemporains, comme le signe de la santé, de la force et de la jeunesse. Tout ceci est bien connu, mais il est fascinant de voir comment cette prescription demeure puissante et se métamorphose sans cesse. Sans oublier les milliers de produits cosmétiques censés favoriser ou améliorer le bronzage. Dans ce cas encore, les flux commerciaux engendrés sont colossaux. Peut être certaines plages se retrouvent-elles plus polluées par les baigneurs enduits de crèmes solaires que par une marée noire…

Chercher le beau temps est donc une vraie quête de bonheur et de réussite. Mais celle-ci a sa géographie, et son histoire. Le tout est d’en être conscient.

En une: dimanche dernier en Picardie. Source France 3

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