La transition énergétique, une vaste blague?

Formulé ainsi, évidemment, cela laisserait entendre que cette « transition » ne serait qu’une supercherie. Pourtant, ce n’est pas si simple… même si l’on sait que l’Enfer est pavé de bonnes intentions.

La transition énergétique, dans le cas du texte voté par l’Assemblée prévoit, parmi tout un train de mesures, une diminution de la part du nucléaire dans la consommation nationale d’ici 2050. La nuance est de taille et laisse entrevoir un maintien de la puissance du nucléaire en France. De ce point de vue, c’est donc une transition en trompe l’oeil… Le Sénat, repassé à droite, va évidemment ralentir l’adoption de la loi, ce qui rend probable sa promulgation (pas son application!) vers 2015.

L’encouragement de véhicules électriques paraît une bonne idée, mais quelle sera la nature de l’électricité? Nucléaire, bien sûr… C’est ce qu’a dénoncé Jean-Paul Chanteguet, député PS et Président de la commission du développement durable de l’Assemblée nationale depuis juin 2012.

La loi peut sembler par ailleurs ambitieuse, mais elle maintient des principes douteux comme la « croissance verte ». Il s’agit d’un véritable oxymore, une contradiction dans les termes, tant la croissance a fait lit de l’environnement. Depuis l’industrialisme marxiste en URSS jusqu’aux Trente Glorieuses du « monde libre », on a pollué avec ardeur car la mythologie de l’industrie lourde valait pour un indice de réussite et de prospérité. Et nous n’en sommes vraiment pas sortis! L’approche purement quantitative prévaut encore: obsédés par « l’emploi », les politiques misent sur l’industrie, lors même que ce sont des tâches pénibles et peu gratifiantes. Peu importe le métier tant qu’il y a l’emploi…

Dans le cas du nucléaire, nous ne sommes même plus dans le domaine du mythe, mais du dogme, quelque chose d’effectivement intouchable, au point que le débat engendre souvent des réactions totalement irrationnelles. Pourtant, il est légitime, dans une vraie démocratie, d’aborder aussi cet enjeu qui concerne la France pour quelques… millions d’années. Quand on parle de générations futures, nous sommes servis, et il faut effectivement y penser quand on branche son radiateur électrique, une aberration typiquement française due à l’abondance problématique d’électricité d’origine nucléaire.

On peut gager sur l’invention de solutions de stockage de l’électricité ou même sur la fusion nucléaire, pourquoi pas? Mais penser que la technique va résoudre des problèmes techniques, c’est bien ce que l’on peut appeler une fuite en avant. La réflexion sur la nature de la technique et son usage par nos sociétés devrait être bien plus radicale. Elle est évacuée par nombre de décideurs et intellectuels comme une question incongrue ou carrément idiote.

Cette loi est cependant vertueuse et bien venue certes, mais finalement limitée dans sa structure même. La logique industrielle y est pleinement préservée, même si elle est en elle-même problématique. Du reste, elle touche elle aussi au mythe de la modernité: remettre en cause l’industrie, c’est pour certains se mettre à contre-courant de l’Histoire. Mais est-ce certain? Les pathologies apparues avec les produits industriels sont présentés par les progressistes comme la rançon à payer pour ce progrès continu. Cela recouvre un cynisme intolérable. Que les plus chauds partisans du nucléaire aillent s’installer au plus près de leur centrale favorite, avec leurs enfants si possible! Et ils verront de plus près le quotidien concret des employés de la centrale.

On nous fait encore prendre des vessies pour des lanternes. Pour combien de temps encore?

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