Malala Yousafzai, une icône nécessaire

On le sait depuis quelques jours: le prix Nobel de la paix 2014 a été co-décerné à un Indien et une Pakistanaise. Premier signal envers un idéal de concorde entre les peuples.

Le second signal, renvoyé à plusieurs reprises par le comité Nobel, est l’importance accrue des femmes dans l’évolution du monde actuel alors que justement les violences contre les femmes sont plus que courantes dans la plupart des régions du globe. On pourrait du reste énumérer la longue et intolérable liste des exactions en tout genre dont sont victimes les femmes. Diane Ducret a publié un ouvrage sur les fantasmes morbides liés au sexe féminin et les « ripostes » masculines pour exorciser leur terreur. L’irrationnel faisant bon ménage avec la violence, on ne peut s’étonner des conséquences des jugements masculins sur ce que les femmes doivent être, faire ou penser. La plupart du temps, il est impossible à une femme de se penser comme une personne réellement autonome.

On connaît bien l’histoire de Malala, largement relayée par les media occidentaux: favorable à l’éducation pour tous, et en particulier pour les jeunes filles au Pakistan, elle a manqué être assassinée par les Talibans. Miraculeusement épargnée, elle n’en a que renforcé son message, au prix d’un exil en Europe. On pourra se rappeler Taslima Nasreen qui, condamnée par une fatwa pour des raisons similaires, a fini par s’installer à New York. La menace sur les femmes qui osent défier l’ordre existant, que ce soit au Pakistan, au Bangladesh ou ailleurs, semble rester la norme.

Bien entendu, comme le relèvent certains sites attentifs aux problèmes liés au néo-colonialisme, ces femmes « exfiltrées » vers l’Occident nous permettent de nous donner bonne conscience et évitent de trop penser aux guerres menées contre le « terrorisme islamiste » qui font tant de morts civiles… dont des femmes. Mais leur message n’en est pas altéré pour autant.

Il n’empêche que ces réactions de la part des milieux islamistes font réfléchir: les femmes sont souvent considérées dans ces milieux comme garantes forcées du maintien d’un « ordre » qu’il faut à tout prix conserver. Cela passe notamment par le vêtement, la sexualité bien entendu, le droit, mais aussi l’éducation. Ce sont des hommes, bien entendu, qui menacent et éliminent les femmes qui osent critiquer ou même contredire ces positions. Inutile de dire que l’islam auquel ils se réfèrent pour justifier ce véritable enfermement des femmes est inexistant. En effet, à aucun moment l’islam n’a formellement interdit l’accès des femmes à la connaissance. Rappelons que cette lutte de pouvoir entre les sexes à l’intérieur de l’islam, mais pas seulement, est avant tout une lutte politique, pas religieuse. Comme souvent, la religion n’est convoquée que comme prétexte et alibi. Cela permet de masquer la vacuité des prises de position des fanatiques qui pourchassent les femmes en voie émancipation.

Les femmes dans l’éducation. Source: banque mondiale

Malala propose donc l’éducation pour tous, elle en est devenue l’icône et l’étendard. C’est tout son courage et son mérite, d’autant plus qu’elle ne s’adresse pas qu’au Pakistan. Son message est devenu mondial. Il contre frontalement tous ceux qui considèrent que les femmes n’ont pas le besoin, ni même le droit, d’étudier. A ce titre, maintenir un concurrent potentiel dans l’ignorance est le meilleur moyen en effet de maintenir sa suprématie. C’est injuste, malsain et immoral.

La lutte semble acharnée, et fait des morts. Faire aussi porter le chapeau à l’éducation « à l’occidentale » comme le fait Boko Haram au Nigeria, ne fait illusion pour personne: il s’agit de pratiques authentiquement obscurantistes, car elles visent à empêcher l’accès  à l’instruction, occidentale ou pas. Et on sait très bien qu’une femme éduquée maîtrise mieux sa fécondité comme sa vie en générale. Elle est donc bien moins docile… Ce qui terrifie nombre d’hommes, et pas qu’au Pakistan!

D’une certaine façon, la situation dans l’éducation est fort simple. La carte de la banque mondiale la résume fort bien: certains pays comme le Brésil ou la Chine, comptent même plus de femmes que d’hommes à l’école, tandis que dans nombre de pays sahéliens, mais aussi d’Asie, les femmes sont notoirement sous-représentées. Le Pakistan est assez mal placé, mais comme d’autres.

Le problème, stratégique, est donc mondial, il recouvre des luttes de genre d’une extrême violence et des problèmes sociaux fondamentaux.

Malala a donc raison, au-delà de toutes les récupérations dont elle peut être l’objet. Son discours aux Nations Unies préfigurait son succès actuel. Mais le chemin est encore long… Et Malala a dû s’exiler.


Malala à l’ONU : « Les talibans voulaient nous… par lemondefr

En une: Photo The Time

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