Gaz de schistes aux Etats-Unis, l’envers du mirage

On devrait faire payer des billets à la firme Total pour envoyer en visite à Dallas ceux qui veulent les gaz de schiste en France. Dans le comté de Johnson, non loin de Fort Worth, la quasi-totalité des habitants sont à moins de 1,5 km d’un puits. Et les premiers à reconnaître que l’exploitation a été peut-être un peu « rapide« , ce sont les boss de Southwestern Energy, comme Mark Boling (1). Si les fuites de méthane étaient, comme il le dit, « inquiétantes » ?

Que n’a-t-on pas entendu en Europe sur ces gaz qui allaient révolutionner l’énergie dans le monde. Les Américains, habitués aux feux de paille des « ruées vers » tout ce qui brille, auraient dû être alertés. Mais non. L’intox était maximale, il fallait continuer à disposer d’un maximum d’énergie pour faire face à des besoins toujours incontrôlés. Les pouvoirs publics demandent aujourd’hui aux entreprises de mesurer les gaz s’échappant de leurs puits. Car les « incidents » environnementaux se multiplient. Dans le Dakota du Nord, 6 puits sur 11 posent aujourd’hui des problèmes.

Des milliers de mètres cubes s’échappent sans qu’on ait trouvé la solution pour limiter les fuites de pétrole et de produits chimiques. Sanctionner serait la solution… Mais aussi la baisse du prix du pétrole pourrait être un coup de pouce. Les pétroliers texans commencent pour l’instant  à s’inquiéter de la baisse des prix alors que la production de pétrole atteint des niveaux jamais vus.

Pourquoi les habitants de Denton (Texas) ont décidé d’interdire l’exploitation de nouveaux puits de gaz de schiste ? Ce vote à une large majorité (près de 60 pour cent) pourrait être en phase avec la pensée des Américains : les 40% de votants qui veulent un accroissement de la production aimeraient-ils être voisins d’un puits ? La ville de Denton a été la première à expérimenter la fracturation hydraulique en 1998. Les habitants, comme tous les Américains, sont favorables au gaz et au pétrole, mais Adam Briggle, professeur à l’université du North Texas, appuie où ça fait mal : « Nous sommes opposés aux conditions d’exploitation actuelles. » Mais encore ?

En 1998, on creusait les puits au milieu de nulle part. Aujourd’hui, « c’est à quelques dizaines de mètres des maisons, cela ne peut plus durer » fulmine Kevin Roden (1). La ville a accordé des permis de construire après les autorisations d’extraction, et en oubliant que l’industrie des gaz de schiste attirerait de la population… Une population qui a doublé en vingt ans. Et qui se retrouve prise en sandwich entre des champs de gaz qui, vent ou non, sont une véritable nuisance sonore et olfactive.

Il faut imaginer des chantiers éclairés la nuit, une noria de camions qui alimentent les puits en eau, sables et produits chimiques. Et les maux de tête et saignements de nez ? On n’ose les corréler à l’extraction  mais on en pense pas moins.

L’interdiction, signalée par Lucie Robequain (1) portera préjudice à la ville ? Le conseiller municipal de Denton, Kevin Roden, est clair : « Non, car la population ne profite pas de cette industrie« . Les ingénieurs et ouvriers viennent de Dallas et Fort Worth, ne restent guère de temps, creusent, fracturent les puits et s’en vont, l’extraction étant quasi automatique. Pour 560 000 dollars de taxes à la ville, le jeu en vaut-il les désagréments ? La réponse est désormais : non.

Pour la région, le prix environnemental paraît exorbitant : des dizaines de milliers de mètres cubes de pétrole et produits chimiques fuient, sans que les sanctions soient efficaces. Pourtant, la productivité s’accroit tellement qu’avec le même nombre de puits aujourd’hui qu’en 2012, la production a déjà doublé. Mais attention au contre-coup de la chute des prix : les faillites sont prévues pour avril 2015 lorsque les contrats arriveront à leur terme. Il y a trop de petits producteurs, certains groupes quittent la région, les demandes de permis ont décliné de 40% en novembre 2014 dans l’ensemble des Etats-Unis. L’industrie est trop morcelée et peu réglementée.

Alors, les gaz de schiste, toujours des miroirs aux alouettes ?

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(1) Les Echos, 7 décembre 2014

Pour compléter : le site donnant également l’illustration de ce post.
Geographica a déjà publié ici sur les gaz de schiste.

En une: Un paysage mité par les puits d’extraction de gaz (Etats-Unis).

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