Ecoles de commerce : quelle volée de bois vert !

Dans la petite (ou grande guerre) que se livrent les institutions d’enseignement supérieur, cela se passe souvent  dans ce sens-là : les grandes écoles de management, louées pour leurs très grandes qualités face aux universités, pauvres et misérables, temples de l’échec et du gâchis. Avec des idées aussi tenaces : qu’on sache, aucun prix Nobel d’économie n’est jamais sorti d’une « grande école » de management. Voici donc un livre qui ne traite pas des universités mais qui décape le camp d’en face, sur ces merveilleuses grandes écoles qui seraient « la fierté de notre enseignement supérieur ».

Comment l’essai du sociologue François Dupuy, La faillite de la pensée managériale (Seuil, 2015) fait tomber la muraille ? Pas de prêt-à-manager ici, mais plutôt une critique féroce déjà entamée par Lost in management (2011) où l’on apprenait tout sur la dispersion du pouvoir, le retour de la bureaucratie coercitive avec les processus et la dictature des indicateurs. Dans ce livre, ce sont les théories et l’enseignement du management qui sont dans le viseur. Pour quel prodigieux tableau de chasse !

On aurait tort de penser que ce sociologue enseignant à lINSEAD crache dans la soupe. Au contraire, c’est l’expérience qui fait toute la rigueur de cette analyse. Une expérience qui montre « l’inculture générale » du monde de l’entreprise toujours prompt à dénoncer l’inadaptation des universités à leur écosystème. La culture générale et les cultures particulières seraient bien trop « intellectuelles« , bien trop éloignées de ce tantrique « concret » qu’aiment à invoquer les managers. Qu’on ne s’étonne pas, plaide Dupuy, des « décisions paresseuses » issues de confusions générales dont Powerpoint commence être désigné comme l’un des acteurs.

Quels managers connaissent la différence entre les organisations et les structures, entre les personnes, ce qu’elles font réellement et les organigrammes « fétichisés » (1) ? Savoir qui est le chef n’est pas utile mais qui a le pouvoir, oui, plaide Dupuy cité par J. Damon.

L’étude des valeurs est encore plus corrosive. Que n’entend-on des slogans naïfs, creux, des injonctions, des invocations logés dans une langue de coton. Plus l’édredon est efficace, plus il faudrait s’en méfier. Les « collaborateurs » qui n’ont souvent que leur désignation douce pour obtempérer et faire ce à quoi ils ne croient pas pour garder leur salaire, le « terrain », l’absurde manie de tout mettre au centre (le client). Un exemple, dans l’alimentation aujourd’hui, rien ne se penserait sans le « plaisir ».

Les écoles de commerce comme les cabinets de conseils apparaissent ainsi les « complices de la facilité ». Ils se font payer très cher des prestations et des conseils qui ne valent pas lourd. Les business schools aux noms ronflants en anglais sont stigmatisées pour leurs chapelles disciplinaires, pour leur non-professionalisme. Elles croient faire de la recherche en publiant « des articles que personne ne lit dans des revues que personne ne connaît ».

Tout est-il, pour autant, fichu ? Dupuy fait le pari des gens, de l’intelligence, de la « rationalité ». J. Damon qui enseigne à Sciences Po referme le livre ainsi : « On reprochera à François Dupuy son ton et son fond donneur de leçons. Mais n’est-ce pas là le rôle d’un enseignant ? Voire d’un consultant ? »

 

 

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(1) L’expression est de J. Damon, « Management : en finir avec la grande supercherie« , Les Echos.

 

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