L’Alsace, une nouvelle fois annexée

 

Entend-on la colère des Alsaciens par-dessus  la ligne bleue des Vosges ? Car les voici annexés à deux autres périmètres régionaux par un pouvoir parisien qui ne leur a pas demandé leur avis. Quelle humiliation…  Surtout quand on voit que le gouvernement fait deux poids deux mesures en laissant la Bretagne et les Pays-de-Loire distincts alors que les Nantais auraient voulu la fusion ! Tous à la manif  dans les rues d’Alsace-Lorraine de France et de Navarre que la guerre de 1870 avait tracées dans les villes du pays !

Ce conglomérat né du mépris du législateur en dit long, « sur l’état de la démocratie » pour Jean-Marie Woehrling, président du centre culturel alsacien Culture et bilinguisme d’Alsace et de Moselle. « Il est patent que la structure administrative qui, dans l’est de la France, va remplacer les régions existantes n’a aucune consistance, ni au plan des populations concernées qui ne se connaissent guère, ni sur celui d’une gestion cohérente de territoires très différents, ni au plan de l’économie ou des services publics. Elle va se traduire par une recentralisation, par des coûts plus élevés, une moindre efficacité administrative et par un recul de la dimension démocratique, sans aucun bénéfice pour aucune des composantes de ce patchwork » plaide J.-M. Woehrling.

Derrière cette défaite, il y a aussi le refus des Mosellans (et on ne parle pas des Champenois) de développer la langue régionale (l’allemand et ses dialectes alémaniques et franciques). En outre, les Alsaciens sont  très attachés à leur droit local.

Gabrielle et J. Georges Gerber voient dans cette annexion la volonté de l’État de « les punir pour ne pas voter à gauche ».  « L’Alsace en a assez d’être perpétuellement une « variable d’ajustement » à la merci des stratèges parisiens ! D’abord nous tenons à signaler que l’Alsace est la région où le recouvrement des impôts est le meilleur ; elle reverse à l’Etat 30 % de ses recettes au titre de la solidarité nationale. Votre article prétend que notre droit local « plus avantageux » est un privilège indu : faux ! Il est entièrement financé par nos impôts. Notre régime local de Sécurité sociale, financé par les cotisations des salariés alsaciens, est excédentaire. Qui en fait autant en France ? » plaident-ils.

Ils soupçonnent les « laïcards » de vouloir détricoter le concordat qui permet « d’ignorer les crispations de la laïcité à la française ».

« Le rêve de l’Alsace est de devenir une sorte de laboratoire de la future Europe : par sa géographie et son histoire, elle est la région européenne par excellence. Nous sommes des Rhénans, comme nos cousins du Bade-Wurtemberg auxquels nous sommes étroitement liés par des attaches économiques et culturelles (…). L’Alsace est aussi une terre d’accueil pour des vagues successives d’immigrés et de réfugiés qu’elle n’arrive pas trop mal à intégrer ; Mulhouse est l’une des villes les plus cosmopolites de France. Les classes bilingues accueillent autant d’enfants de gens venus d’ailleurs que d’Alsaciens de souche. Le soi-disant repli identitaire de l’Alsace est un fantasme de jacobin parisien, pour qui le monde s’arrête au Rhin. »

Alsaciens, au combat  !

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  1. Gilles Fumey

    Nous avons reçu de Mme Baumert, élue alsacienne, les précisions suivantes :

    Les Alsaciens sont certes très fiers de leur région, mais leur cœur est français, et je l’ai souvent entendu, leur annexion a toujours été par l’Allemagne, non par la France.
    Il y a eu des manifestations très encadrées et suscitées par nos trois élus locaux Philippe Richert, Président du Conseil Régional, Dominique Kennel, Président du Conseil Général du Bas-Rhin, Charles Buttner, Président du Conseil Général du Haut-Rhin ;
    Cependant, la mobilisation est à relativiser et la récupération par l ‘extrême droite FN et Alsace d’abord, a fait que de nombreux élus, y compris Roland Riess maire de Strasbourg, se soient retirés des dernières manifestations.
    Philippe Richert, qui souhaitait surtout rester Président de Région, a été rassuré par l’engagement du gouvernement qui a déjà établi Strasbourg Métropole et soutenu sa nomination Capitale de la grande région ALCA. Ainsi, oubliant le passé, le but de Philippe Richert est maintenant d’être le Président de l’ALCA.
    Ce que j’ai pu entendre de nombreux Alsaciens, c’est certes que nous avons des liens forts avec l’Allemagne, conventions diverses et échanges réguliers, mais nombreux sont les liens privés entre Alsaciens et Lorrains, en particulier par des mariages « mixtes » très nombreux. Il n’y a pas de rejet massif Alsace-Lorraine, par contre une interrogation plus importante pour la Champagne-Ardenne encore inconnue, mais pas d’hostilité.

    1. Le négatif
    – l’absence de concertation au niveau national (générale)
    – le refus des élus alsaciens de faire des propositions et de justifier leur position
    – la non revendication d’adjoindre, si l’Alsace devait rester seule, le territoire de Belfort et la Moselle (très souvent entendu par les Alsaciens)
    – l’échec de la mise en place du Conseil Unique d’Alsace
    – l’incohérence des positions du Président du Conseil Régional (tractations secrètes en solo et avec les autres présidents de régions)

    2. Les craintes
    – crainte de perdre le statut local (malgré sa situation en Lorraine, la Moselle a toujours son statut local)
    Remarque : la Moselle est rattachée à l’Académie de Nancy-Metz en 1972
    – l’Alsace, région plus riche que les deux autres, devra suppléer à leurs besoins
    – risque que Strasbourg ne soit pas capitale de la nouvelle Région
    « Les présidents des Conseils Généraux de la Meurthe-et-Moselle, des Vosges et de la Meuse sont favorables à une région allant de l’Alsace à la Champagne-Ardenne. Et avec Strasbourg comme capitale, comme ils l’écrivent dans un communiqué de presse commun : « N’entretenons aucune controverse sur la ville capitale de notre future région. Strasbourg est légitime et elle doit être confortée dans sa fonction de capitale européenne. Les Alsaciens doivent être rassurés sur ce point, une grande région sans eux n’aurait aucun sens pour les Lorrains »

    3. L’intérêt de l’ALCA
    – cette Région a un sens, dans une volonté de consolider les Régions françaises : avec 5,6 millions d’habitants pour 7,8% du PIB français
    (l’Alsace a 1,8 millions d’habitants)
    – les échanges avec l’Allemagne, déjà importants en Alsace, pourraient être consolidés avec la proximité du Land Saar, région allemande industrielle et riche, et même étendus aux actions culturelles et innovantes…

    Publié le 2 février 2015 à 08:46
    • Frey

      Voici un gros mensonge! Il faut arrêter de généraliser par de telles absurdités: « Les Alsaciens sont certes très fiers de leur région, mais leur cœur est français, et je l’ai souvent entendu, leur annexion a toujours été par l’Allemagne, non par la France. »
      Je suis alsacien et ne suis absolument pas « français de cœur! »
      Annexé? Par l’Allemagne ou par la France, il n’y a aucune différence! A aucun moment les Alsaciens n’ont été consultés démocratiquement. Pourtant, cela aurait du être le cas en 1919 par le traité de Versailles! Les Polonais ont pu « voter démocratiquement » de rester en Allemagne ou d’être une nation. Pourquoi pas les Alsaciens? La France l’a catégoriquement refusé: soyez français et taisez vous!
      La France n’est pas l’amie de l’Alsace, car elle lui refuse la démocratie, méprise les langues régionales et en 2015 nous annexe à une méga-région que les Alsaciens n’ont une fois de plus pas choisie: c’est ça, la réalité. La France va contre la loi européenne qui consiste à consulter une population quand son territoire doit être modifié. L’autodétermination des peuples est un droit: Manuel Vals ose dire que l’Alsace n’est pas un peuple. La France est une dictature camouflée, alors désolé: je ne serais jamais Français DE COEUR!

      Publié le 16 août 2015 à 07:05
  2. Franz Müller

    À en croire Mme Baumert, la France ne s’est pas emparée de l’Alsace en 1648/1681 ? Ce n’était pas une annexion?

    Publié le 16 août 2015 à 20:10
    • Frey

      Quelques points d’histoire de l’Alsace. La réalité est qu’à cette époque la France nous a violemment annexés: c’est triste à dire mais même Hitler n’a pas fait autant de dégâts, ni de morts en Alsace que Louis XIV. Napoléon ? N’en parlons même pas! Le traité de Westphalie ne marque pas la prise totale de l’Alsace mais dans un premier temps, il s’agit d’un projet signé entre des « politiciens » (sans l’avis du peuple) un droit d’annexer « toute » l’Alsace. Mais…. Dans leurs parties explicites, les textes du traité de Münster ne donnaient en réalité que deux choses à la France: la possession des terres héréditaires de la maison d’Autriche en Alsace, avec 41 villages de la « Landvogtei » (préfectue de Haguenau et le titre de landgrave d’Alsace, avec un droit de protection des plus vagues décapoles qui pouvait lui rapporter quelques milliers de florins par an, et rien de plus! ). Le village ou j’habite n’est devenu « effectivement » et administrativement français qu’en 1683. C’est une annexion sur papier. Les Alsaciens ne l’ont pas accepté et se sont révoltés. La preuve c’est que Louis XIV a dû batailler encore longtemps avant d’avoir toute l’Alsace. C’est seulement Napoléon qui est arrivé à finaliser l’opération en prenant Mulhouse après avoir fait augmenter toutes les taxes douanières sur les marchandises qui arrivaient dans la ville. Mulhouse n’avait plus le choix, elle devait se livrer à la France devant un tel assaut.
      La France a réduit l’Alsace en miettes et a fait couler le sang de 1648 à 1681 pour justement s’emparer de l’Alsace. De multiples documents d’époque nous le prouvent. Voici un texte de Mazarin qui est fourni dans « L’Alsace », Pierre Klein, éd. d’Organisation, 1981, p. 163.: « Aucune ville d’Alsace ne pouvait me recevoir, soit parce qu’elles sont protestantes, soit parce qu’elles sont autrichiennes de coeur, soit parce qu’elles ont trop souffert des troupes françaises. »
      Dans Brève histoire de l’Alsace, Pierre Zink écrit: « En fait, la guerre fait rage dans toute l’Alsace. Les villes sont la proies des mercenaires (suédois, envoyés par Louis XIV) …(…); les suivants achèvent de détruire ce que les prédécesseurs ont négligé. D’une manière atroce et bestiale, l’on tue, l’on torture, l’on viole, l’on incendie. La famine et la peste s’ajoutent aux détresses de la guerre: l’on mange des cadavres, les parents dévorent leurs propres enfants…(…) L’Alsace se meurt, égorgée par ses voisins. Et sur les cimes les panaches de fumée signalent la destruction de nos châteaux par les troupes françaises de Montausier, de Manicamp et autres tireurs de sabres. »
      Et je finis par cette germanophobie ambiante qui règne dans la politique française encore aujourd’hui: « Bannir l’allemand du commerce et de tous les actes publics, c’est élever un mur de séparation éternel entre les hommes libres et les esclaves. » B. Witmann, Dans L’Alsace autrement. on lit encore : « Lors de la séance du 25 novembre 1793, au Club des Jacobins de Strasbourg, on discut » des Alsaciens qui ne connaissent point la langue française. D’après le procès verbal, plusieurs orateurs prononcent d’énergiques discours: les uns demandent qu’on les déporte et qu’on transplante en Alsace une colonie de sans-culottes ; d’autres qu’on leur fasse une promenade à la guillotine, pour opérer leur conversion. » Franchement ! Je reviens sur mon message précédent: Comment les Alsaciens ont-ils pu devenir Français de cœur? La réponse est simple: Une poignée de politiciens francophiles ont vendu l’Alsace à la France aux cours de l’histoire au détriment de la démocratie « si chère à la France ». Si en 1919 les Alsaciens avaient pu voter, notre province serait resté allemande, le gouvernement français le savait : le référendum a été donc refusé aux alsaciens. De nos jours, l’Alsace se voit engagée de la même manière dans une ACAL qu’aucune majorité alsacienne ne souhaite. La France est prisonnière de son centralisme, hérité de la monarchie. L’Europe suit le mouvement du fédéralisme, seule La France est à la traîne !

      Ce n’est pas un crime d’être francophile! mais par pitié, que les Alsaciens qui le sont, ne l’imposent pas d’une manière antidémocratique à ceux qui souhaiteraient une Alsace autonome ou même un retour à l’Allemagne. L’Alsace n’a jamais voulu la France. La France a colonisé, annexé l’Alsace (voir ce mot dans le dictionnaire pour en comprendre tout le sens). La France rêve de l’unité allemande, mais elle ne l’aura jamais, car il faut une langue commune à la base : l’Allemagne était à l’origine un ensemble de tribus germanophones. Est-ce le cas en France? Non! On ne crée pas un peuple avec des annexions : mais avec une langue qui se proclame : Nations! Oui, toi le Catalan, Manuel Vals: L’Alsace fait partie d’un peuple qui n’est pas la France!

      Publié le 18 août 2015 à 14:23
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