Battre le pavé pour inscrire l’émotion, la colère dans l’espace public

Un parcours politique, dans ce losange de la rie droite (Paris)

Il y a mille raisons de manifester et mille manières de le faire. Pour les géographes (et la police), l’une des données est le parcours. Un exercice physique, écrivions-nous, mais aussi un exercice politique, voire géopolitique comme elle a un impact international important comme ce 11 janvier 2015.

Comment se décide une manifestation ? Olivier Filleule et Danièle Tartakowsky rappelaient que les origines (très) lointaines sont à rechercher dans les marches d’exode que la Bible a mise en récit dans le livre éponyme. Les défilés actuels en France prennent aussi racine dans la colère comme celle qui s’exprima en octobre 1789 contre le roi Louis XVI, de Versailles à Paris. Ils remontent à la fin du XIXe siècle lorsque les villes ont pu offrir des « percées » aux cortèges qui marchent « vers quelque chose, vers un avenir meilleur ». Un système de pouvoir qui a ses racines aussi à Athènes, Rome, Venise où les processions avaient un rôle multiple.

Procession sur la place Saint-Marc, à Venise, par Gentile Bellini (1496, Accademia).

Pour les géographes, on marche surtout sur un parcours qui se veut aussi symbolique que possible. A Paris, les symboles s’appellent souvent « Nation », « République », « Bastille », « Concorde », des toponymes qui ne sont pas neutres. La préfecture de police privilégie les grands boulevards haussmanniens qui permettent des expressions théâtrales de la protestation : chants, slogans, banderoles et pancartes espérant entrer dans la légende par un reportage journalistique. Cette action vise à construire une image du groupe « pour soi même et pour autrui » selon Danielle Tartakowsky. La soustraction des espaces publics à la circulation automobile n’est que très rarement posée comme une question.

Puisque tout est fait pour mobiliser le plus de monde possible, le jour et la date comptent, l’heure aussi, entre le matin pour les ouvriers qui partent depuis leur usine, l’après-midi pour les professions qui visent un rassemblement devant un lieu symbolique comme la préfecture, en milieu rural. Le dimanche pour les familles ou lorsqu’on veut le défilé le plus impressionnant possible.

La bataille des chiffres

La manifestation doit frapper les esprits. Le nombre de manifestants fait toujours partie de cette info tape-à-l’oeil qui permet de construire un rapport de forces, dans le cas des grèves.  Comment lire le nombre dans la profondeur de l’événement : augmentation par rapport aux précédentes manifestations ? Opinion favorable ou non ? La manifestation est-elle le point de départ d’un conflit ? Un aboutissement ? Quels ont été les impacts des cortèges de ce type dans le passé ? Mais il n’y a pas que les chiffres. Souvent, le cortège provoque un rassemblement ou démarre d’un rassemblement marqué par un discours destiné à porter un message. Dimanche 11 janvier 2015, c’étaient manifestement les personnalités internationales sur le défilé.

Lorsque la géographie ne suffit pas, l’action s’inscrit dans le paysage par des manifestations nues, des sit in inspirés des luttes contre la guerre du Viêtnam aux États-Unis, la ronde des obstinés à laquelle participaient des géographes de Paris-VIII-Saint-Denis.

Qu’elle soit celle « obstinée »sur un point symbolique ou ambulatoire dans les rues d’une ville, la géographie rappelle qu’il n’y a pas mieux que l’espace public pour se faire entendre. C’est le dernier cri avant de baisser les armes.

En une: manifestation du 11 janvier, place de la République. Source: France 24.

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