La fin du monde pour bientôt

SeuilChaque époque se crée des « effondrements », des « fins du monde » ou « de la civilisation ». La nôtre n’y échappe pas. Elle tente même un néologisme qui pourrait attraper tout ce que l’air de ce printemps chargé de pollen peut donner. La collection Anthropocène du Seuil nous avertit : « Nous proposons ici de rassembler, à partir de nombreux travaux épars publiés à travers le monde, les bases de ce que nous nommons, avec une certaine autodérision, la « collapsologie » (du latin « collapsus » : « qui est tombé en un seul bloc ») ». Pourquoi pas ?

Les angoisses ne manquent pas : pétrole, biodiversité, agriculture productiviste, bulles financières, etc., tout ce mauvais pollen est attrapé par les deux bourdons que sont Pablo Servigne et Raphaël Steven. Qu’apportent-ils de neuf que nous ne savions déjà ? La capacité de charge ? Nous la connaissons depuis longtemps en géographie. Point de rupture ? Difficile à expliciter, comme Jared Diamond a peiné à le montrer. Verrou socio-technique ? Kesako ? Rien ne distrait les deux compères d’un effondrement à terme de notre « civilisation thermo-industrielle », née à la fin du XVIIIe siècle. Et pour eux, c’est une question de décennies… On va relire Paul Valéry et ses « civilisations mortelles », puisqu’on sait désormais comment nous allons flancher, pour quelles raisons précisément. Le rapport Meadows (deux chercheurs du MIT) oeuvrant pour le Club de Rome avait déjà crié « Halte à la croissance » ! Les deux auteurs le citent : « Il disait ceci : si l’on part du principe qu’il y a des limites physiques à notre monde (c’est une hypothèse de base), alors un effondrement généralisé de notre civilisation thermo-industrielle aura très probablement lieu durant la première moitié du XXIe siècle. »

Puisque nous sommes arrivés à cette période charnière, les auteurs montrent que la course qui nous mène dans le mur a dépassé son point de non-retour. Ils reprennent un article de Nature paru en 2009. Où 9 frontières vitales ne devaient pas être franchies : acidification des océans, consommation d’eau douce, pollution chimique, etc., autant de poins relatifs au changement climatique, à la biodiversité, la perturbation des cycles géochimiques de l’azote et du phosphore, à la déforestation, à la pollution des sols.

Pour Pablo Servigne et Raphaël Stevens, nous ne sommes pas loin de la sortie de route. La « collapsologie » va permettre de croiser tout ce que sait la sociologie, l’économie, la futurologie, la philosophie (merci Jean-Pierre Dupuy qui avait déjà publié depuis Stanford « Pour un catastrophisme éclairé ».

 

 

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  1. Pierre Chabat

    On peut toujours thermo-dire, chauffer n’est pas jouer !
    Lorsqu’il s’agit de décrire une catastrophe, c’est toujours relativement à l’Humanité qu’elle prend son degré d’importance. Depuis la pollution de l’air, jusqu’à la malbouffe en passant par les méfaits des éruptions volcaniques ou des séismes, les dommages causés se rapportent presque exclusivement à l’Homme, à son confort et à son mode de vie, à son portefeuille, à son existence et à sa pérennité. Pour la nature, la Terre et son évolution, on préfère parler de bouleversement tectonique, de variations climatiques ou magnétiques, voir d’extinction de masse (L’Homme en tant que tel n’y ayant pas alors participé), comme si les hommes s’estimaient totalement détachés de ces contingences planétaires. Nous sommes effectivement en plein royaume de l’imaginaire où tout peut être supposé, prédit, « légendarisé », le futur n’existant confortablement que par répétition du passé et le présent uniquement intellectuellement utilisé à cet exercice de fiction.
    Pour les vrais prévisionnistes, ceux qui sortent du contexte blablatique, qui se basent sur une démarche scientifique élaborant des théories en cherchant à les vérifier, bref ceux qui s’évertuent à prévoir plutôt qu’à prédire, je crois fort que dans ce magma d’élucubrations, il n’ait plus de possibilité d’exister. Le « j’menfoutisme » étant de mise, il nous reste vraiment qu’à essayer de surnager dans un océan de « démerde » et se contenter de dénoncer, sans vraiment la connaitre, la longueur des crocs de la bête immonde qui va bientôt nous bouffer.
    Vive, tout de même le vingt et unième « Chiècle ».

    Publié le 29 avril 2015 à 14:59
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