Le Corbusier, un démiurge de l’espace

Pour avoir entendu un collègue géographe lors d’une conférence traiter Le Corbusier de « fasciste », alors que nous visitions régulièrement en voisins la Chapelle Notre-Dame du Haut de Ronchamp (Haute-Saône), mon trouble n’est jamais vraiment passé : qu’est-ce qui a pu attirer autant de haine sur Charles -Edouard Jeanneret, dit Le Corbusier (1887-1965) ?

Chapelle Notre-Dame du Haut, Ronchamp

Chapelle Notre-Dame du Haut, Ronchamp

L’exposition Mesures de l’homme que lui consacre le Centre Pompidou à Paris ne donnera pas de réponses. On la critiquait déjà avant qu’elle n’ouvre car elle pratique l’omerta sur les relations que l’architecte entretenait avec des groupes fascisants, puis avec le gouvernement de Vichy pendant plusieurs mois…

Voici notre architecte absous du péché d’asservissement du corps, plein d’une conception bio-psychologique du corps à intégrer dans ses constructions. D’où une présentation de ses peintures montrant comment Le Corbusier va désencombrer l’espace de ses bimbeloteries victoriennes, fort fréquentes à l’époque.

Le Modulor

Le Modulor

Les origines du Modulor

Pour Laurent Wolf, « ce serait le triomphe et la liberté des corps. Pas celle d’un ordre extérieur et brutal , des mises en rangs et des défilés. Celle du désir intérieur qui cherche à se civiliser. Le Modulor et son système de proportions basé sur un individu standard de 183 cm, que Le Corbusier élabore à partir de 1942 après son départ de Vichy jusqu’au début des années 1950, serait la conséquence logique et l’aboutissement de ce dialogue entre la peinture, la sculpture et l’architecture. L’effet d’une méditation qui accepte par nécessité les conditions objectives de la standardisation liée à la production des bâtiments tout en récusant la répétition mécanique et la disparition de l’individu dans la masse. »

Le plan masse de Chandigarh

Le plan masse de Chandigarh

L’exposition prend un point de vue qui vise à rompre l’idée que Le Corbusier ne serait que l’architecte des célèbres villas des années 1920 ou son mobilier fonctionnaliste, ses cités radieuses. Elle revient sur trois projets de la maturité de l’architecte et de l’urbaniste : la Chapelle de Ronchamp , la ville nouvelle de Chandigarh et le Cabanon de 15 mètres carrés qu’il avait construit pour lui -même au bord de la Méditerranée et près duquel il est mort noyé au cours d’une de ses séances rituelles de natation. D’où pour Laurent Wolf, l’idée d’un Le Corbusier « occupé par la spiritualité , par une vision apaisée de l’Homme, par une existence austère et modeste.«  »Rarement une exposition a aussi clairement affiché une thèse qui sépare la logique de l’œuvre des divagations politiques de son auteur. Les spécialistes en débattront. Le public quittera les salles du Centre Pompidou sur l’image d’un vieil homme émacié et solitaire avec sa maison minuscule au bord de la mer, d’un ermite éloigné des frivolités, d’une sorte de saint des temps modernes auxquels son nom est attaché. Est-ce bien lui ou est-ce un autre? La question méritait d’être posée. »

Le Corbusier. Mesures de l’homme. Centre Pompidou, Paris 4e.

Rens. et réservations : www.centrepompidou.fr. Ouvert tous les jours sauf le mardi de 11 à 21h. Jusqu’au 3 août.

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(1) Le Temps, 29 avril 2015)

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