Un psychiatre chez le « Géographe » de Vermeer

Je trouve dans le livre du médecin psychiatre Christophe André, de l’hôpital Sainte-Anne à Paris, L’art du bonheur (1) une reproduction du Géographe de Vermeer, appartenant au Stadelisches Kunstinstitute de Francfort (Allemagne). Que vient faire notre célébrité hollandaise dans un livre sur la psychologie des émotions ? L’auteur annonce le sens de cette escapade : « J’aimerais vous initier à cette expérience et à ses bienfaits : se tenir face à un tableau, garder le silence, laisser la peinture vous parler, vous habiter ». Le pari est cavalier : Delacroix (Lutte de Jacob avec l’ange), Gaspard Friedrich (Sur un voilier), Chagall (La vie paysanne), Monet (Le jardin de l’artiste à Vétheuil), Rembrandt (Le retour du fils prodigue) ou Chardin (Le gobelet d’argent) et bien d’autres encore vont inspirer Christophe André dans ses 25 leçons pour apprendre à vivre heureux. Fichtre !

A Francfort, donc, notre psychiatre cherche. Et a « l’intuition de l’existence [du bonheur qui] s’impose à nous, comme une question à résoudre, un impérieux mystère à élucider ». « Le géographe du tableau de Vermeer cherche à résoudre une énigme d’une autre nature. Peut-être est-celle du Paradis ? » Christophe André en évoque l’idée d’une localisation terrestre plausible (« Orient ? Amérique du Sud ? ») et considère que la quête du géographe est proche de la nôtre. « Depuis l’espace clos de sa pièce de travail, il aspire à organiser la carte du monde. Ainsi procédons-nous, dans notre réflexion sur le bonheur, à partir de nos expériences intimes ».

Christophe André : « Notre géographe court après une énigme. Il y a longtemps qu’il réfléchit, calcule, trouve, se ravise et s’aperçoit qu’il fait fausse route… Et voilà qu’il relève la tête et se tourne vers la lumière, laissant son regard s’évader à travers la fenêtre, placée sur la gauche […] Il a le pressentiment que la science, le travail, l’intelligence ne suffiront pas à sa quête. Il comprend qu’il faut maintenant laisser venir en lui quelque chose qui est de l’ordre de l’intuition ou de l’émotion. Il devine que la solution à cette question qui le tourmente n’est pas à l’extérieur de lui, dans ses cartes, sur ses globes, à la pointe de ses compas, mais en lui. A ce moment de l’Histoire, où peu à peu les hommes cessent de croire que le Paradis se trouve sur la Terre ou dans le Ciel, le géographe de Vermeer sent obscurément que ce Paradis dont il cherche la route n’est nulle part ailleurs qu’en lui-même… »

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(1)L’Iconoclaste, 2011

 

 

 

 

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