Et surgit la Vierge…

Le 15 août est une grande fête en terre chrétienne. Des milliers de lieux de culte parmi les plus prestigieux comme les innombrables cathédrales « Notre-Dame », mais aussi des pays comme la France depuis Louis XIII donnent à penser une figure majeure de la culture occidentale.

La rosace, couronne de la Vierge (Paris)

La rosace, couronne de la Vierge (Paris)

La Vierge a été la grande marraine du Moyen-Age européen. Sylvie Barnay a compté, durant cette époque, plus de 5000 visions par des clercs dont certaines sont à l’origine d’une construction de cathédrale comme à Soissons au XIIe siècle. A Paris, les maîtres verriers se sont surpassés dans les rosaces de vitraux qui couronnent toutes la tête de la Vierge (voir ci-contre, sur la façade de N.-D. de Paris).

Sept siècles plus tard, la Vierge apparaît moins en rêve, plus « en personne », comme à Catherine Labouré rue du Bac à Paris en 1830. La géographie de ces mariophanies compte des hauts lieux comme La Salette (1846), Lourdes avec dix-huit apparitions (1858) et Pontmain treize ans plus tard. L’Eglise y tient une occasion de reconquérir les fidèles par une religion populaire encline aux miracles contre le scientisme. Ailleurs en Europe, les historiens Joachim Bouflet et Philippe Boutry voient un climat d’expiation et des troubles politiques à déchiffrer comme les « signes des temps » à Fatima (1917).

Une apparition dans une grotte calcaire du piémont pyrénéen

Une apparition dans une grotte calcaire du piémont pyrénéen (Lourdes)

Entre 1491 à Habthal (Alsace) et 1686 à Lavelanet (Pyrénées), les récits d’apparition abondent dans les montagnes pauvres du pays. Dans la Drôme, cinq sites sont le lieu de prodiges pour la seule année 1848. Bernard Delpal est frappé par la jeunesse des voyants, leur condition de bergers. Ils n’en transmettent pas moins des messages subversifs, voire apocalyptiques, dénoncent le clergé grâce à des « secrets » et constituent une « revanche des humiliés ». Depuis un siècle, plus de 400 cas intéressent les sciences humaines et médicales, une majorité d’entre eux appartenant à une géographie de plus en plus mondialisée du fait d’apparition. A partir de Vatican II, les médias s’emparent du merveilleux en oubliant les racines évangéliques, cherchent le sensible.

Le Puy, cité mariale du Massif central, connu pour sa Vierge Noire

Le Puy, cité mariale du Massif central, connu pour sa Vierge Noire

Surnaturelles pour le théologien, les apparitions sont à l’origine de géographies religieuses originales, grâce aux cités nouvelles créées par les pèlerinages, depuis le Moyen-Age (tel Le Puy, cité pèlerine sur la route de Compostelle) contestant la médiocrité de notre monde matériel, prêchant l’œcuménisme et la paix entre les peuples. Pour Philippe Boutry, saint François de Sales en a la clé : « Le bruit fait peu de bien, le bien fait peu de bruit », attestant de la force de messages étonnamment universels.

Drapeau européen ViergeUniversels ? Peu d’Européens savent, en effet, que certains pères de l’Europe, dont Robert Schumann dont le procès en béatification est ouvert à Rome, ont plaidé pour un drapeau empruntant les douze étoiles de la couronne de la Vierge évoquée dans l’Apocalypse de saint Jean (11, 12). Quel que soit le nombre d’États adhérant à l’Union européenne. Le document officialisant le drapeau a été signé le 8 décembre 1955, fête de l’Immaculée Conception…. Un pur hasard ?

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Pour en savoir plus : Un signe dans le ciel. Les apparitions de la Vierge, Ph. Boutry et J. Bouflet, Grasset, 1997

Philippe Boutry est président de l’université de Paris-I Panthéon-Sorbonne.

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