Inondations du Midi : l’eau enfonce des portes ouvertes

Frédéric Denhez n’a pas la langue dans la poche de son blog (Médiapart). Il se fâche tout rouge contre ce qu’on dit à propos de l’inondation qui a touché les Alpes maritimes début octobre 2015.

L’eau déborde, dit-il, « quand elle est grosse, mais surtout quand elle est corsetée, empêchée ». Là, dans le Midi azuréen, le pays est « une épouvante », « conçu par des fous ». Rien de compréhensible : « Il y a des villes, et entre les villes, des centres commerciaux, des bureaux, des pépinières, des entreprises et des villas palissadées. Il y a des routes qui cheminent comme elles peuvent et sont heureuses de trouver des ronds points pour faire demi-tour. Il y a un urbanisme sans plan, sans unité architecturale, sans cohérence. Il n’y a dans ce pays nulle colonne vertébrale à laquelle l’homme ordinaire projeté innocemment ici peut se soutenir : aussi, est-il perdu, car il n’existe aucun repère ordinaire. Et il est seul, angoissé, car ici est le domaine de la grosse voiture. Rien ne se peut sans elle. Cette région n’a pas été conçue par des êtres vivants mais par le prix du foncier et la bêtise de l’héliotropisme. La mer rend con, surtout quand elle est au soleil. « 

Frédéric Denhez voit les rivières corsetées dans des tranchées et les égouts envahir la ville dès qu’il pleut trop. Pourtant, tout est signe d’humidité lorsqu’on sait interpréter les « cannes » des roseaux (d’où la ville éponyme) et autres aulnaies. Des « fous » ont préempté les lits des rivières qui sont furieuses de s’être fait voler ces terres et ainsi que toutes les terres agricoles de la région.

Que vous voulez-vous que je vous dise ?!

Que, pour être complet, il convient d’ajouter à la connerie de ce pays les deltas et les débouchés de rivières de plus en plus obstrués par du sable, des sédiments, qui proviennent des littoraux dont la « dynamique sédimentaire » a été bouleversée par les digues et les enrochements (il faut bien aller à la plage), ainsi que par les rivières et les fleuves eux-mêmes qui, entravés çà et là par trop de barrages et de « seuils », n’ont plus le débit nécessaire pour pousser à la mer tous ces dépôts. Quand l’eau monte vraiment, elle se trouve freinée, comme bloquée par un barrage de sédiments, et alors elle monte, elle monte.

Il faut dire que les rivières et leurs affluents sont de moins en moins entretenus, ce qui se traduit par une gêne supplémentaire à la circulation de l’eau, par l’apparition de barrages naturels nés de l’accumulation de branches et de déchets, ce qui ne fait que rajouter au risque inondation dès lors que brutalement ils se rompent. Pourquoi n’entretient-on plus ? Il n’y a plus de sous nulle part, certes.

Enfin, le réchauffement rend les rivières pulsatiles. Elles se gonflent bien plus rapidement qu’avant de pluies bien plus soudaines, et entrent en étiage plus tôt, et plus sévèrement. Anorexiques ou obèses, elles feront demain souffrir ces pays inhumains de trop d’eau ou de pas assez.

Tout le monde s’en fout en, réalité. Ce qui compte c’est de développer « le pays », d’accueillir le maximum de gens, en dépit d’un foncier exorbitant. Regardez ces pauvres PPRI ! Une fois acceptés, ils sont souvent attaqués par élus et associations qui ont participé à leur élaboration, car ils veulent continuer à bétonner pépère. Lesquels élus, trop nombreux, gérant trop de communes, ne s’occupant que de leurs communes, passant la patate chaude de la responsabilité au voisin, ceux du bas (du littoral) se fichant superbement de ceux du haut (là d’où coulent les rivières), n’ont aucune vision globale de l’eau. Le chacun pour soi renforcé par le soleil qui a le grand mérite de sécher aussi vite l’eau que les larmes et la mémoire.

Tant que l’eau ne sera pas gérée, avec les sols, de façon autoritaire par les agences de l’eau, elle restera l’impensé de maires dont la puissance symbolique repose sur la délivrance du permis de construire. 

Frédéric Denhez poursuit son enquête et constate que la zone était classée inconstructible. Les plans de prévention du risque inondation (PPRI) étaient classés rouges, interdisant toute construction. Denhez propose de le comparer avec la photo en couleur (rectangle urbanisé, où sont installés les campings).

« Que voulez-vous que je vous dise ? Que , pour être complet, il convient d’ajouter à la connerie de ce pays les deltas et les débouchés de rivières de plus en plus obstrués par du sable, des sédiments, qui proviennent des littoraux dont la « dynamique sédimentaire » a été bouleversée par les digues et les enrochements (il faut bien aller à la plage), ainsi que par les rivières et les fleuves eux-mêmes qui, entravés çà et là par trop de barrages et de « seuils », n’ont plus le débit nécessaire pour pousser à la mer tous ces dépôts. Quand l’eau monte vraiment, elle se trouve freinée, comme bloquée par un barrage de sédiments, et alors elle monte, elle monte. »

Conclusion sans appel de Frédéric Denhez :

« Tout le monde s’en fout en, réalité. Ce qui compte c’est de développer « le pays », d’accueillir le maximum de gens, en dépit d’un foncier exorbitant. Regardez ces pauvres PPRI ! Une fois acceptés, ils sont souvent attaqués par élus et associations qui ont participé à leur élaboration, car ils veulent continuer à bétonner pépère. Lesquels élus, trop nombreux, gérant trop de communes, ne s’occupant que de leurs communes, passant la patate chaude de la responsabilité au voisin, ceux du bas (du littoral) se fichant superbement de ceux du haut (là d’où coulent les rivières), n’ont aucune vision globale de l’eau. Le chacun pour soi renforcé par le soleil qui a le grand mérite de sécher aussi vite l’eau que les larmes et la mémoire.

Tant que l’eau ne sera pas gérée, avec les sols, de façon autoritaire par les agences de l’eau, elle restera l’impensé de maires dont la puissance symbolique repose sur la délivrance du permis de construire. 

Tant que l’arrêté de catastrophe naturelle sera pris pour des catastrophes qui ne le sont pas, la Nation continuera de soutenir l’irresponsabilité et l’aveuglement. »

(Suite et fin sur ce blog remarquable http://blogs.mediapart.fr/blog/frederic-denhez )

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A noter l’excellent dossier de Libération Construire en zone inondable, mode d’emploi

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2 commentaires ont été rédigés, ajoutez le vôtre.

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  1. MIRABEAU

    L’automobilité constitue l’un des principaux vices de la société contemporaine :
    Ces drames ne se seraient jamais produits avec les tramevoies [tramways en Franglais !] maintenues et les chemins de fer entretenus ainsi que la réalisation des nouvelles lignes programmées ou projetées au lieu de leur abandon, fermeture puis suppression car les infrastructures ont été pour la plupart effacées des paysages .
    Tout cela pour singer l’Amérique en privilégiant les déplacements individuels, construisant des routes sans cesse plus nombreuses&nuisibles !
    Mettre côte à côte 2 cartes, la première figurera le réseau ferré disparu depuis 100ans tandis que la seconde indiquera les travaux routiers effectués pendant la même période ;
    La juxtaposition des deux s’avère beaucoup plus parlante qu’un long discours …

    Publié le 7 octobre 2015 à 03:44
  2. ARARAT

    Mon commentaire rédigé cette nuit, assez long,a une fois de plus non pas été censuré mais rejeté dès que je l’ai posté. J’ai un peu la flemme de le refaire, le sujet me concerne .
    Des oublis: certes l’anarchie délétère de la frénésie bétonnière, le BTP au coeur de quasi toutes les équipes municipales, mais n’oubliez pas la hausse de la température de la Méditerranée, le desséchement des sols sans pluies sauf très rares orages depuis avril, et l’absence de concertation des opérateurs téléphoniques alors que la Sécurité civile préconise des alarmes/SMS, afin d’éviter que tant de personnes sortent en voiture et se mettent en danger.C’est ce qui est fait à Sommières.
    Mourir pour une bagnole, la voiture symbole de l’autonomie financière et professionnelle ici comme ailleurs. Pourquoi tant de campings, pourquoi le Var, les Alpes-Maritimes sont-ils devenus (le Var surtout) le bronze-cul de l’Europe nordique, teutone, flamande? Allez le leur demander. Ainsi qu’au PR qui possède une villa sur les hauteurs de la très sélect Mougins..
    Pourquoi les aménageurs s’empressent-ils d’arracher tous les arbres et de replanter des lauriers roses qui ne s’enracinent pas, n’attirent pas les oiseaux , de l’uniformité nait le chaos sur fond de béton, d’abandon des zones humides. Seul le Conservatoire du Littoral à Hyères, au Rayol,et paradoxalement la Marine à Toulon par ses emprises foncières ont préservé l’Ouest varois de la bétonisation en bordure de littoral. Cela devrait changer puisque l’Etat se débarrasse de son domaine public, ventes partout. Et les investisseurs étrangers, émiratis, russes, y compris états-uniens (à Marseille) sont à l’oeuvre.

    Publié le 7 octobre 2015 à 10:33
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