Les Européens, alcooliques et obèses

Obésité hommePeut-on gouverner les humains contre leur désir ? Le cas de l’Union européenne et des anciens pays soviétiques mérite examen  : on ne cesse d’y mener des campagnes de prévention contre les comportements à risque diminuant l’espérance de vie. Rien n’y fait ! L’Organisation mondiale de la santé (OMS) tire la sonnette dans un récent rapport pour 39 Etats de la zone : « La région européenne enregistre les taux les plus élevés au monde en termes de consommation d’alcool et de tabagisme et, en ce qui concerne les taux de surpoids et d’obésité, elle se classe juste derrière la région des Amérique ».

Près de 60% de la population y est en surpoids (une accumulation anormale ou excessive de graisse corporelle) ou obèse. Les plus touchés ? Dans l’ordre : Andorre, la Turquie, Malte, Israël, la République tchèque, le Royaume-Uni, la Pologne, la Slovaquie, l’Espagne et la France. Les anciennes républiques soviétiques comme l’Ukraine, la Moldavie ou le Kirghizstan ont des taux inférieurs à 50 %.

Obésité femmeAprès la graisse, l’alcool : là encore, record mondial de consommation d’alcool pur, 11 litres par personne et par dans ces 39 Etats. Seul progrès : le recul du tabac malgré les 30% qui restent accros à la tige.

Du coup, lorsqu’il m’arrive d’expliquer que l’espérance de vie moyenne ne progressera plus, on me dit toujours que « jamais on a aussi bien mangé ». Valable pour les classes aisées (comme hier, d’ailleurs), ce n’est pas le cas pour bien des groupes sociaux. L’OMS est formelle. Les nouvelles générations vivront moins âgées que les précédentes. Le discours sur « la moitié des filles qui naissent aujourd’hui atteindront les 100 ans » est pure invention.

Il est décourageant que tant d’efforts soient réalisés pour limiter les décès dus à des maladies non transmissibles comme les cancers, les maladies cardio-vasculaires, le diabète ou les maladies respiratoires chroniques (merci Mme Hidalgo luttant contre les particules fines) alors que dans d’autres pans de leurs vies sociales, Européens et Russes n’améliorent pas leurs comportements. Notons quand même qu’entre la France et la Russie ou la Moldavie, l’écart d’espérance de vie est de… onze ans.

L’obésité, maladie de la vulnérabilité sociale

Pour l’Institut de veille sanitaire (InVS), les femmes qui ont recours à l’aide alimentaire sont très exposées au risque de surpoids et d’obésité (1). Pas de surprise. « Cette situation est des plus préoccupantes car l’obésité est à l’origine d’une série de maladies chroniques : diabète et hypertension en premier lieu, et aussi maladies cardio-respiratoires et cancers. C’est une source de discrimination et de stigmatisation » pour  Arnaud Basdevant, nutritionniste à la Salpêtrière.

Les animaux malades de la peste de la malbouffe

Les animaux malades de la peste de la malbouffe

Basdevant admet que certes, l’obésité reste encore, d’une certaine manière, une « maladie de la société d’abondance » sans aller jusqu’à stigmatiser l’alimentation industrielle. « L’obésité apparaît et se développe dans les pays qui connaissent une transition économique, épidémiologique et nutritionnelle, comme ce fut initialement le cas dans l’Amérique du Nord du boom économique. À l’heure actuelle, les pays émergents sont en première ligne, notamment en milieu urbain ». Il faudrait juste ajouter que dans de nombreux pays émergents, les multinationales sont très présentes et causent des dégâts considérables (2).

 

(1) « Alimentation et état nutritionnel des bénéficiaires de l’aide alimentaire » (Abena), publiés dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH).

(2) Geographia a publié Comment le Mexique se shoote au Coca Cola.

 

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